Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

IIISTOIRE SOCI.\LlSTE l"épuration, comme on dit, commencée par Ca\•aignat·, se continue ù Paris cl en pro\'incc. Chang:trnicr, malgré la loi, dcvi<'nl à la fois commandant de la première division militail'C et de la garde nationale de la Srinr; Bugeaud, nommé- commandant de l'al'lnée des .\lpcs, déclare qu'avec quatre hommes et un caporal il marchera sur Pa1·is, pour peu que Pa1·is fa~s.c mi11c de bouger. Cuc1-rc à tout cc qui a une origine rCvolutio11nail'c ! l.es g:udcs mobiles, tant loués, choyés, caressés puura\'OÎr comballu en Juin leurs frères cl leurs pi.·rcs, sont trop peuple; ils clc,·icnn<'11t suspects i ils sont indtés à entrer dans l'armée en perdant leurs grades oll à rentrer sans indemnité dans la \'ÎC ch·ilc. Cucrrc aux clubs! Une quautitl· ont été fern1és en pro\"incc; ,nais e(' n·<'~l pas suffisant. Léon Fau<'hcr, le :.W jan\·icr, dcmand<' la s11pJH'cssion de ceux qui restent en ajoutant: 1, La lib<'rlé n'y perdra rien )'I, cl il d(~posc, <'Il r·éclamant l'urgence, un projet qui se rés11m<' dans le premier artidc: « J;es dubs sont interdits». Puis adieu l'amnistie promise avant l'élcttion ! .\dieu surtout les projets de loi ayant une couleur déruocratiquc ! Le pins important établissait l'instruction obligatoire et gratuite. I.e 1, ja11\"Ïe1·,Falloux le reti1·(' a,·cc une désin\"olturr de grand seigneur, sans se soucic1· du n1pport qui est prèt. Le lang:igc des ministres à l'égard de l'Assemblée prend un ton hautain, cassant, agressif. On si}nl poindre l'arrogance du pouvoir personnel qu'ils représentent. Ils c11so11t les organes et déjii parfois les \'ictirnes. Le Président n'entend pas t~tre annihile: il se n;vèle soucieux dC' maintenir et d'étendre ses prérogatÎ\"CS. couvant des 1·t~n:~s de rcslauratiû11 Îll1Jh:ridc qui font érnption chaque fois qu'il parait au Conseil avec le pa11talon à bandes rouges qui lui donne des apparences cl. parait-il, des idérs militail'CS; il entend a\"oir en mains rapports. dépêches, et mê,nc les clossiel's qui conccrnc11t son passé; souple entêté qui sait reculer pour avancer plus slircment, compar·é par Thiers au colimaton qui rentre ses cor11es, dl's qu'il sent un obstacle, il démolit au profit de son autorité propre les fictions du régime pal'lemcntait·c. Proudhon dil déjà 11ettemcnl que la lutte est entre le Président el l'Assemblée. Battue a\'ec Jcs \'Crgcs qu'elle a cueillies, l'Assemblée essaie de se ressaisir. Elle Yeut ;l son tour, comme l"ont tente la Commission e.xéculiveetCavaignac, s'arrêter sur la pente de la réaction; rl par ré,·oltc contre cc ministère qui la tire,, dl'Oilc avec brutalité, clic incline tardivement à gauche. Elle diminue l'impùl du sel. Elle supprimera bientôt l'impôt détesté des boissons. l~lle prête l'oreille aux démocrates qu'elle ne ,·ou lait point écouter. Elle est prise du souci de défendre les dernières libertés républicaines ; elle se dresse, hostile et gênante sur la route du pou,·oir qu'elle a créé. Dès lors son sort est résolu : il faut qu'elle disparaisse. Des pétitions, sollicitées par ceux qui désirent sa mort et par les ministres eux-mêmes, la somment de s'en aller. On t.\che de lui persuader que son mandat est épuisé; catholiques el conserva• leurs, espérant une remplaçante plus maniable, la raillent de son obstination

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