Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

IIISTOIRE SOCIALISTE 121 rompu, hué, insulté. Il est \'rai qu'il fut ensuite emhrass(' par Cavaignac, et certes cet accord entrç les hommes du métier sur une question de cc genre aurait dù faire réfléchir, si les passions de parti permettaient la réflexion. l\lais on ne leur pardonnait pns, non plus qu'nu:\ autres <lëfcuseurs d'une cause perdue d'avance, de toucher ù l'endroit sensible, au cùtt·· social de la question; de dire qu1 11ne armùc con1posér d'homrncs qui se sont ,·cndus est un péril pour la liberté: qu'à défaut du sentiment de la justice l'honneur devrait faire accepter à tous les citoyens l'égalité devant lï111pùl du sang: que le trafic des marchands de chair humaine était hideux; que, si le pas!;agc sous les drapeaux était une gène pour les jeunes gens S<' vouant aux carrières libérales, les jeunes ouvric1·s ou paysans enlevés ù l'atelier ou ù la charrue en étaienl tout aussi gravement alleinls: qu'au bout de sept ans, déshabitués du travail, ils rentraient dans la vir civile en déclassés, dangereux parce qu'ils savaient manier un fusil el parce qu'ils avaient faim; qu'en somme la querelle était entre riches el pauvres. et que les partisans du statu quo, clans leur prétention de parler au nom de la majorité des mères et des pères de Famille, comptaient plutôt les écus que les sufl',·agrs. Le pri,·ilège bourgeois cul des avocats d'une candeur cynique. L'un d'c11.\. 1 Bourbousson, protesta violcm,nent contre le sen i,·c égal pour tout le monde. Pourquoi ne pas proclamer tout dr suite l'égalitt~ des. conditions.? Pourquoi ne pas décréter qu'il es.t injuste que le pauv1·c ll'a,·aillc rt habite une ,·haumiêrc. tandis que le riche eS,I OÎS,Îf et loge dan:-- un palai:--? On ,·otilait donc aboutir au communisme? Xe pou,·ait-on laisser s'c,..cmplcr qui \'oulail? (lui est-cc qui n'avait pas douze 011 quinze cent:-- franc:-- pour se payer cc luxe :1 L'orateur se piquait, d'ailleur~, de défrndrc ainsi.l'intérêt et la liberté des. paunes : car de quel druit n::1at ,·ou lait-il ernp,'eher soil les ramilles de se procurer par la vente avantageu!--e de lcul's garçons un supplément de rc,enu fort appréciable, Soit les individus de :-iefaire soldats moyennant linancCS,1 si cela leu1· plaisait? (C'étail le même arg111nent qu'oo employait alors pour dénier â l'État le droit d'empêcher qu"on ne m1't au travail des enfants de six ans.\ A,·ec une merveilleuse inC'onscience Bourbou:,.son tc1·minail en disant qu'il fallait détruire l'exploitation de l'homme par l'homme, et. comme si les remplaçants a\'aie)]l été des enfants tl'Ou\'és, il suppliait de ne pas frapper au cœur les mères qui pou\'aienl acheter· les (ils de~ autres pour sauYer les leurs. Thiers, le petit grand homme de la bourgeoisie. procéda plus adroitement. li \'oila l'horreur qu'elle éprouvait pou,· l'égalité de,·ant les chances de mo,-t. Habitué à refaire et à gagner des batailles sur le papier, il sui dt les géné,·aux sur leur propre Lerrain; il affi1·ma que. sui,·ant tous les avis compétents, le temps de sen·ice devrait ètre allongé, 11011 raccourci; que le système prussien n'avait point de solidité; qu'une ar·mée faite sut· cc modèle et servant trois ans pourrait à la rigueur suffire pour une guerre défcnsi,·e, mais que pour

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