120 IIISTOIRE SOCIALISTE Dufoul'C, arnit admis l'abolition du remplacmnenl. Louis-Xapoléon Bonaparte l'avail réclamée dans ses écrits. Les généraux Cavaignac cl Lamoricière s'étaient déclarés favorables à celle suppression el le premier voulait même le service de deux ans obligatoire pour lo~s, comme cela se pratiquait en Prnss~. Mais quoi! C'était enlever i, la bourgeoisie un des privilèges auxquels clic tenait le plus, celui d'exemple!' ses fils i, prix d'argent. Il s'agissait de savoir si l'armée resterait cc censitaire » corn me au lrrnps de Louis-Philippe; si les prérogati,·cs de la richesse, abolies en malil·rc électorale, subsisteraient tians le domaine militaire. La batai1Jefut chaude. Larnori~ièrc, ministre de la gucl'rc, ayant parlé de l'immunité dont jouissait « une certaine classe de personnes >1. rut ,·iolcmment interrompu par ces cris : « Il n'y a plus de classes. n Il fut obligé de retirer le mot, qHi n'avait pou1·tant qu'un tort, celui d'èlrc trop \'l'ai. L'intérêt de classe était bien, en effet, au cœur du débat. Suirnnl la coutume du temps, le projet proclamait d'abord la règle géoé rale : n Tout Fran~·ais doit en personne le service militair·e. ►1 l\1ais il ajoutait aussilOt, comme c·cst l'ordinaire pour les règle~ de g.-:unmaire, ,, sauf les exceptions fixfcs par la loi. » li n'entendait point par là les scl'upules qui pouvaient naitre on certaines consciences. Piene Leroux. véritable ancêtre de Tolstoï, apôtre de la non-résistance au mal, con,·aincu qu'on ne doit faire triomphe!' une cause que par le martyre, avait risqué ret amendement:« Toul citoyen app:Htt'nant ù un culte qui repousse la guerre comrne un principe barbare cl contraire aux lois divines et humaines sera exempt de la profession militaire.• Il arnit été accueilli par une longue hilarité. Il avait eu beau rappeler que les cecl(•siastiqucs étaient exemptés pour un motif analogue et que cc respect des convictions religieuses dernit ètre étendu aux cas semblables ou supprimé pour tous; il anil paru extravagant. Mais que l'on pùl se dérober au mèmc service personnel, parce que l'on était riche, cela semblait tout naturel. Aussi fut-cc un déchainement de colère contre cc paragraphe: • Le remplacement est interdit. » Pour sauver cc principe, le Gouvernement et le Comité tentèrent d'ajourner le ,·ote. Ils firent des.concessions, laissèrent cntre,·oi1· qu'ils visaient une atténuation plus qu'une suppression du remplacement. Ell'orts superflus! La majorité rnulail que le maintien du système existant fùt garanti par la Constitution. Il est à remarquer que les militaires, pour des raisons tcchni• ques, y étaient pour la plupart contraires. Il déclaraient que les remplaçants étaient en général de fort mauvais sujets, au point qu'ils formaient les trois cinquièmes des bataillons de discipline,« école de démoralisation et de vice», su,ivant l'expression de Lamoricière. Ils réclamaient une a!'mée faite à l'image de la nation el ils étaient d'avis qu'en trois ans, en deux ans mème, sauf pour les armes spéciales, on pouvait faire d'excellents soldats. Ils rappelaient les merveilles accomplies par les volontaires et les conscrits de la Révolution. Lamoricière, qui défendit bravement cette thèse, fut perpétuellement inter-
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