IIISTOIHE SOCIALISTE 571 pain. ~lais ceux qui ont donné lei:, vie pour le pain n'ont songé qu'au pain du jour, qu'à la faim du moment Et ceux qui l'ont offerte à la liberté n'étaient qu'une hérolqu,:. avant-garde, que son :surgissement en pleine lumière désignait plus sûrement aux coups meurtriers. Le systè~e politique de la bourgeoisie s'est effondré de lui-même, avant que le prolélarial appelA par l'histoire à former le sien ait été mis à même de se préparer à cette lâche. Le 24 février est bien moins une victoire du peuple qu'une faillite politique de la bourgeoisie, et l'on sait que, dans celle classe• la faillite n'est pas nécessairement la ruine, mais parfois au contraire le point de départ d'une fortune nouvelle. Le le~teur qui a suivi avec attention les dix-huit années d'un règne de classe plein et absolu, donl les principaux évéoements ont été rapportés ici, sera-t-il, aussi complètement que celui qui s'est efforcé d'en être le grefTier sincère, convaincu de l'incapacité o,ganique de la bourgeoisie à tirer d'elle-même les éléments d'autorité reconnue et consentie qui correspondent à sa notion du pouvoir politique et au besoin qu'elle a de l'exercer à son profit ? l'ious l'avons observé au début de ce travail, la bourgeoisie est divisée, doublement divisée. Au moment où le sentiment de classe vit en elle avec une intensité qu'on ne verra plus dans l'histoire de notre pays, elle n'est pas homogène et ce sentiment lui-même ne l'est pas davantage. D'un côté, la finance qui groupe les capitaux de l'épargne et organise les grandes forces de production et de circulation, entreprend de diriger les forces politiques du pays dans le sens des intérêts économiques dont elle a la garde et le profit. De l'autre, la boutique, remuante et pullulante, frondeuse et craintive à la lois, h·re de sa souveraineté politique et prise entre la finance qui la dcspotise et la classe ouvrière qui commence à montrer les dents, veut un gouvernement à bon marché et qui lasse aller l1s affaires. Casimir Perier, banquier et industriel, représente au pouvoir les hommes d'affaires. C'est lui, c'est eux, bien plus que l'Angleterre, qui repoussent l'idée d'annexer à la France la Belgique qui s'est un instanl offerte, dans les premières efferveS<'ences révolutionnaires de 1830. La boutique a eu aussi ses hommes au pouvoir. Laffitte, tout banquier qu'il était, en lut. Odilon Barrot la représenta jusqu'au bout, la mena jusqu'au bout, dans une commune inconscience du danger, jusqu'aux barricades de lévrier. Thiers, boutiquier né, parlait pour la boutique, agissait pour la finance. Pour la pri•mière, il paradait, montrait le poing à la Sainte-Alliance et aux jésuites, et ne faisait jamais montre de tant de libéralisme que lorsqu'il était hors du pouvoir. Mais pour la seconde, qui ne se payait pas or parol,s, il était l'homme d'affaires utile et avisé qui savait ori!•nter les discussions des Chambres vers les • grands ntérêls • et procurer à ceux-ci toute satisfaction. La hourgcoisie, ai-je dit, n'était pas plus homogène dans sa pensée 11ue dans ses cadres. Elle était à la fois Jil,é1ale et conservatrice, en effet Si parfois son libéralisme n'était qu'un masque de conservatisme et, si, au nom de la liberté
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