Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

572 IIISTOIHE SOCIALISTE des plus forts, elle repoussait avec borN'ur jusqu'à l'idée de voir l'Etat inter• venir dnns les rapports du travail el du capital; si même elle poussait l'hypocrisie jusqu'à affirmer la liberté économique tout en maintenant et en renforçant la Mgislation de classe qui mettait les ouvriers en état d'infériorité juridique, si en même temps elle forçait l'Etat à la protéger contre la concurrence ~tran~ro et à faire les frais de premier établissement des lignes de chemin do Ier el de navi• gation, la bourgeoisie n'en était pas moins travaillée par une insoluble contradiction .. Sa puissance politique, économique el soèialc ne pouvait se maintenir et se ùévelopp0 r dans los conditions d'immobilisme et d'ignorance qui furent pendant de longs siècles celles de la féodalité terrienne. Le propriétaire du sol vit de la rente du fermier, de la redevance du tenancier, des corvées du serf; la coulum) héréùilaira, les routines agricoles, tout l'enlrolionl dans l'état d'oisiveté. Il peut donner tous ses loisirs au gouvernement el à la guerre. Le gouvernement est son champ ù'exploitalion assurée, la guerro son champ d'entreprise fructueuse. Toul autre est le propriétaire d'industrie ou de négoce : il no peut augmenter sa richesse et son pom·oir que par la lutte et par la coalition avec ses semblables sur un terrain extrêmement mouvant, et dans des conditions qui nécessitent une activité de tous les instants, un développemrnt continu de l'intelligence el du savoir. Toutes los sciences, que le noble laissait croupir dans l'ombre des cloitres, où Ir moine les pliait comme feuilles mortes dans les in-folios de saint Augustin et de Thomas d'Aquin, lo bourgeois était tenu de les appeler à accroitre sa puissance. ;Comment extraire du sol la :1ouilleet le minerai, de manière à alimenter les machines nouvelles et en créer d'autres, sans pousser au développement des mathématiques, do la physique, ue la géologie, de la chimie ? Et comment développer ces connaissances, sans que les hommes qui se vouent aux recherches trouvent en même temps etlt chaque pas un démenti nouveau aux afrirmations des bibles et des dogmes ? · Comment, d'autre part, transformer en richesses échangeables, en c11pit.al, les trésors latents du sol otdu sous-sol, si l'on ne seconde chez los mieux doués d'entre les pauvres le désir de savoir, si l'on ne crée une classe ouvrière habile à seconder la machine dans l'œuvre de multiplication des produits ? La machine réduit les artisans à la fonction do manœuvres, soit ; mais pour un temps seulement. D'ailleurs, la machine ne s'invente, no se construit, ne se perfectionne pas toute seule. Et à mesure qu'elle se perfectionne, clic exige non plus pour la servir, mais la conduire, des mains plus expertes, et en nombre sans cesse 'accru. La bourgeoisie poussera donc au progrès du savoir, ouvrira des écoles, installera des laboratoires. Amenée à l'incroyance par son propre développement intellectuel, elle sent quo l'éveil des esprits est un ferment d'incrédulité. Sa richesse croissante a besoin d'instruments conscients, mais dociles et résignés. Voilà donc la bourgeoisie forcée de donner d'une main et de reprendre de l'autre. Commen, neutraliser le poison du savoir dans l'&me ouvrière, sinon en appelanL à l'aide

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