Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIJSTOIRF. SOCI.\LISTE Le scandale était immense. Le coupable étant un ami de Thiers, Guizot hésitait cl"autant moins à le sacrifier. Un conseil rr•unit les ministres le soir même de la publication des lettres. On sa,·ait que le ministère serait interpellé dès Ir lendemain à l'ouverture de la séance. Les rninistéi'iels avaient Loule la journée assailli le président du Conseil, l'avaient pressé de livrer le général à la justice. Dans le Conseil, Louis-Philippe opina pour le ,ilence el l'immobilité. )lais les ministres étaient unanimes cl le roi céda. Une instruction fut clone ouverte. Elle établit d'abord qu,, la Société des mines de Counehans était administrée par des coquins qui a,·aienl entrah11"•le général Cubières clans des démarches de rori·uption sur des fonctionnaires el exerçaient depuis.sur lui un effronté chantage. C'est parce qu'il avait fini par résister à leurs exigences répétées que Parmentier, pour se ,·cnger, avait publié l<:slettr,•s en question .. \lais les défenseurs de Parmentier N11"<'nlù cœur de prouver que, leur cli('nl avait réclamé d'importantrs somm('~ d'argi..,nlau gént;ral, c'esL quP IC' diJ'ecteurdes mines a,·ait été lui-même forcé dt' lt'::i Yerscr par l'cnlromisC'd'un nommé Pellapra. Celui-ci était en fuite, mais son notaire Yint Mclarw que les sommes avaiC'nl t.;lt' n•rsét'S à Teste, alors rninigtrc des Travaux publics. La Cour drs pairs sr rt•unitpour jugrr ret rxlraordinaire procès, où l'on voyait au banc d<.'saccusé:; dPux J)airs dP FrancC', anrif'ns mini'-lN"~, rl dont l'un, Teste, était prC'siclentclcchamhr>' ù la Cour do cassation, arcolt•s ù un rourtier d'alTair"<'s cl i, un entrepreneur ,·,'rr•ux. La culpabilité dt• Teste apparut si évidente, quo celui-ci se tira un coup dP pistolet dans la tète la wille du prononré du jugement. Il, furent condamnés, Teste à la dégradation ci\'ique, ù !J'i.000 francs d'ame11-'e el à trois ans de prison; Cubièr"<'S, à la Mgraclalion el à J0.000 francs cl'amenclr; Parmentier et Pellapra à la même pt•ine. Quelques jours plus tard, la Cour des pair, se réunissait cl,• nouveau pour juger un (I(' ses mrmbres, ICd' uc de Praslin, accu~é cl'aYoir as:-,a:,sinésa femme, fille du maréchal Sebastiani. Convaincu d'avoir <.·ommi:, CC' crimf'.acculé aux aveux par les instances du président. Praslin s'empoisonna an cours des débats. Partout, la décomposition morale, politique. administrative. s'étalait en plein. Chaque jour apportait son scandale. C'était le directeur de la ~1anutcntion génfrale qui spéculait sur les grains avec le~ fonds de l'Etat et laissait à sa mort un déficit de 14.000 quin(aux de blé dans les magasins de Paris. C'était le personnel des constructions de la Marine qui mettait au pillage Ies fournitures de l'Etat. L'incendie de l'arsenal du Mourillon à Toulon était venu opportunément, en 1845, masquer bien des clilapidalions. Elles furent si éhontées dans les autres ports, à Rochefort el à Brest, que la justice fut contrainte de frapper quelques coupables, fournisseurs el fonctionnaires. Le suicide du directeur des subsistances de Rochefort vint sceller les aveux de ses complices. Dans la Presse, Girardin établissait que le directeur du théâtre lyrique avait vu renouveler son privilège moyennant le versement de 100.000 francs clans la caisse du journal ministériel l'Epoque, dirigé par Granier de Cassagnac. Le même

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==