Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIRE SOCI.\LISTE qui se produisit. 1c 16 avril dans la forêt de Fontainebleau. L(,s Débats, dan, leur zèle cont.re-révolutionnaÎl'<', essayèrent de lui trouver des complices dans la presse d'opposition et de susciter un nouveau procès de complicité morale. Il semble bien que le ministère soit entré u11instant. dans ces vues puisque le rédacteur d'un journal ministériel de Lyon, le Rhône, ayant déclaré c•ct.le tactique aussi maladroite que perfide, se vit casser aux gage,. On n'osa cependant, celle fois, impliquer aucun journaliste. aucun éerivain républicain dans celle affaire ; mais on essaya de lui donner un caractère politique. Cela ne t.tompa personne : il était trop manifeste qu'on se trouvait. en face d'une vengeance individuelle de serviteur évincé. L'avant-veille des élections générales, un nouvel allentat se produisait. Son auteur, nommé Henri, était un fou. que la Cour des pairs n'osa pas envoyer à l't<chafaud. Elle ne le condamna pas moins aux travaux forcés à perpétuité. De l'aveu de tous, la place d'Henri était dans un cabanon. Ces élections,qui curent lieu le l" août, ramenaient à la Chambre la majorité conservatrice rC'nrorcœen nombre, mais divi.sée. Parmi les conscrvateur'5,il y rn avait qui se rendaient comple que leur rôle ne consistait pas uniquement dan, l'opposition à tout progrès, à toute réforme. Ils voulai,•nt bien jouer en politique le rôle du frein, qui ralrntit la marche aux passages difficiles, mais non celui de la borne qui arrêt<' net ri risque de raire verser l'équipagr. Emile de Girardin, qui excellait à connaître l'opinion moyenne et s'y rallia toujour,, rar là était la plus grosse clientèle, avait pressé Guizot dr donner satisfaction au ,entimcnt. publi,·. • Ou des l'éformes politiques, lui avait-il dit, ou des réformes matérielles. A celte condition seulement, vous aurez l'appui de mon journal cl de mon vote. • Un journal aussi répandu que la Presse, qui avait dû un moment refuser des abonnés !auto de matériel pour les servir, n'était pao ù dédaigner. !)'autre;, conservateurs progrcs::;isl(•:a-v, aient fait cntcndr\' le mêmr avrrti~~rmcrll au ministre, notamment üesmou,seaux-Givré et Sallandrouze. Guizot leur avait promis d'en tenir compte, el c'est à leur·adresso que lurent prononcées ces paroles de son discours du 2 août aux f•leclcurs de Lisieux 11ui venaiont. de lui renouveler leur confiance: • Toutes lrs politiques vous promctwnt. le progrès ; la politique conservatrice seule vous le donnera. • C<-t.homme grave était un pince-sans•rirc admirabloment réussi. Les électeurs de Lisieux élairnt travaillés, eux aussi, par l'immense désir de réforme dont la France ressentait les premirrs frémissements. Que ceux qui veulent être citoyens, raire partie du pays légal, prouventlcurcapacité politique par une bonne conduite de leul's affaires, leur disait en substance le député-ministre. Puisque l'argent est le signe cl le moyen du pouvoir, eh bien, gagnez-en : • Enrichissez-vous ! • Celle parolo de Guizot, cet aveu, ce cri du cœur de l'homme d'affaires de la bourgeoisie au pouvoir, qui d'ailleurs rut personnellement. désintéressé, résume tout le régime qui s'achève. La Chambre, dans sa courte session d'août, uniquement wnue pour la formation de son bureau, ayant élu président Sauzet, le candidat. du minislère, avec

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