Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

:;3s JHS'POIRE SOOlAILT~n'E un~ majo1·ité dr l'C'nt.-vingt voix, Guizot se promit bien dene fai1•0aucunexéforonc el de ietcnir quand même los conserva leurs pl'Ogressistcs dans sa majorité. Sro< années de pou,~oir l'avaient totalo,ment. isolé de la 110.tion, et même de cc qu'on appelait le pays légal, avec lequel il ne communiquait plus quo par ses fonctionnaires, dont il continuait de peupler la Chambl"e ; ce qui achevait de l'isoler encore davantage. Il ne put donc voir venir· la crise que la mauvaise récolte de 1846 fit éolaLc.i·,à la suite d'un été cxocplionnollement sec. li était sur ce point do l'a~is d'un de ses ronctionnaires, Cunin-Gridaine, ministre de l'agriculture, qui, le 16 no,·embre onco,-e, alors que le pain ~wait renchéri dans des proportions dont ,culs les spéculateurs en grains ainaicrnt pu donner le secret, déclarait que Je dùfi0it de 1845, auquel s'ajoutait pour l'aggraver celui de 1846, av,iit été oouwrl par les excédon ts des an nées prt'eéden tes. Le gouvernement n'en dut pas moins venir à supprimer temporairement les droits sur les J:,lés étrangers. JI.laisil Je fit si tardivement quo les spéculateurs ,•urent encore là une occasion de prélcvor leur rançon. La crise du blé, à l'cntl'éc ùe l'hiver, ajoutait à la crise des induslrics qui chôment en ootto saiso11, cl l'aggravait. Los blés achetés à l'étranger n'al'rivaienl point, retenus dans les ports par des inondations qui ay;:,icnt rendu les roules impralioal,lcs. On dot ounir dos chantic1'S de travaux publics pour le compte de l'Etat, cl certaines communes organisèrent des ateliers de charité. Mais qu'étaient ces faibles moyens de secours devant l'immense dét,•cssc ouvrière ! A Paris, le pain fut taKé à quarante centimes le kilo, •et la Ville paya aux boulangers une ,difJérenco do Yingt-cinq millions. Le public en -payait une bien plus formidable. allx agioteurs de toute sorle. C'étai l alors il(> heau OJIOm(ll)t -des grandes entreprises. Les chemins ,de ror ayant élé conoédés aux compagnies, l'argent aflluait pour l'aoquisition de lellrs titres, la gaTanLie et ~'.a,l'Pui -de l'iEtat ayant encouragé l'épargne. Mais oe ,drainage el l'exportation do l'argent pour l'achat de blés étrangers avaient Taréfié le numéraire. La Banque en profitail pour porter le taux de l'escompte de quatre à cinq 'J)Our ccnl. Si, dans les villes et les contres industriels, la crise put être atté!nuée <par~s travaux auxquels donnait essor la construction des chemins de fer, bOMJOCIIIpPins que par les chantiers publics et acs ateliers de chamté, il n'en fut pas de mêinc dans Jcs campagnes, notamment celles du Centre et de l'Ooost, o,\ Je clrené des grains fil éclater dos troubles. La foule se po1'lait sur !les magasins de blé et les clé,•astait, empêchait les grains de sortir des localités où ils étaient amassés. A Laval, ln foule avait envahi le marché au blé et fixé d'autorité Je pri,c à q,ia,ro francs le double déoalitrc. A Rennes, à ,'\!antes, au Malis, à .Mayenne, à Nevt..-s, on s'opposait, los armes à la maiu, à la sortie <.les g.aills. ATours, la Ioule pilla flla· ,ieurs bateaux do blé. Dans l'Indre, des bandes s'étaient formées pour obliger les ,pro.priétaires à signer un ,engagement par lequel ils vendraient leur l.lé lrois francs le double déoo.litre au lieu de ~ept qu'ils en demandeient. Lœ réoaloi"9ts

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