Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

532 HISTOIRE SOCIALISTE Le moU\'C'tncnt polonais, qui devait avoir Cracoviepourcentrede ralliement, fut en même temps paralysé par l'occupation de ccUe ville, où les troupes des trois puissances entrèrent le JS février 1846. L'insurrection polonaise était Yaincue, noyée dans le sang, avant même d'avoir pris les armes. Ce rut une boucherie, une Saint-Barthélemy de patriotes, non la répression d'un mouvement insurrectionnel. Les puissances pl'Ofilèrent de l'événement pour supprimer le semblant d'autonomie qu'en 18'11 elles avaient restitué à la ville de Cracovie, et elle rut annexée à l'Autriche. L'empereur Ferdioand ~émoigna sa satisfaction au chef des assassins, en lui décernant une médaille d'or • portant l'inscription de benemeretis et suspendue à un grand ruban •- l nlcrpcllé à la Chambre le 13mars, Guizot avait répondu à La Rochejacquelein qu'il ne pouvait croire que l'Autriche eût recouru à un lei crime pour éviter une insurrection. , Les révolutionnaires foot de ces choses-là, avait-il dit de son ton rogue et méprisant; les gouvernements réguliers ne sauraientse les permetlrc.•Mais un lei langage ne ful plus possible lorsque, dans la séance du 2 juillet, Montalembert vint !aire le récit des atrocités sans nom dont la Galicie avait donné le spectacle. Guizol, alors, déclara que ces fails relevaient de l'opinion européenne cl non du Parlement français. Les mariages espagnols ayant mis au comble la mésinlelligcnce enlre la France el l'Anglelerre, les puissances du Nord se soucièrent fort peu de l'opinion européenne. Le moment élait passé où Palmerston pouvait prononcer à la Chambre des Communes celle parole menaçante:• Si le_traité de Vienne n'est pas bon sur la Vistule, il doit être également mauvais sur le Rhin et sur le Pô. • Les trois puissances s'entendirent donc pour annexer Cracovie et son lerriloire à l'Autriche. La France et l'Anglclerre proleslèren t séparément par des noles platoniques, et le fait demeura acquis: le faible débris de la Pologne indépendante, devenu d'ailleurs une souricière où pouvaient opérer à coup sûr les polices des trois puissances, disparut de la carte d'Europe. li n'y eut somme Loule, qu'une illusion, un mensonge de moins. Mctlernich sut gré à Louis-Philippe de s'être mis dans l'impossibililé d'agir pour le maintien de la république de Cracovie, car il avait dans ce moment-là quelques embarras dont le moindre ne fut pas l'élection, en juillet 1846, du cardinal Maslai au tl'ône pontifical, où il succéda à Grégoire XVI, sous lo nom de Pie IX. Le nouveau pape passait en effet pour un libéral, et son avènement avait soulevé les acclamations de lous les ennemis de l'absolulisme. Ses premiers acles administratifs n'avaient pas déçu les espérances de l'opinion : il avait inauguré son règne par une amnistie politique et donné des encouragements aux réformateurs. Sa popularité devint immense. On l'acclamail dès qu'il paraissait, la foule lui criait: • Courage, Saint-Père! fiez-vous à votre peuple•- Entrainé par cette sympathie à laquelle il était fort sensible, il promettait des rélorme1!constitutionnelles, el les acclamations redoublaient, portant au loin son renom de pape libéral.

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