Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

',14 IIISTOIRE SOCIALISTE ,ou1·cc il la coalition que lïncidenl Pritchard et le traité de paix avec le \laroc. L'attaque commença au Lu,-cmbourg, conduite par ~lolé, qui, dans la discussion de l'adresse, reprocha au miuistre des affaires étrangères son manque de doigté dans les négociations a,ec l'Angleterre 'el sa politique à outrance, même clans les faiblesses. Scion l'ancien ministre, Guizot avait ..ompromi~ la cause du droit de ,·isite, excellente en ellc--même, par 1'acce1>- lation des conditions de l'.\nglclcrrc. \ Ta11i.la faute de _Guizotavait été d'organiser un protectorat qui dernit l'enlrnîner à l'annexion, en face du protectorat de fait clrs mi~.;;ionsanglaises. L'allaquc ne portant pas sur le principe , icieux de sa politique, Guizot n'eut pas de peine à la déjouer, cl à prendre tous ses a,antages sur un ad,cr -aire qui ne l'incriminait <1u'àcause ries résultats oulcnus. li lui fut facile de répondre à son prédécesseur : « Qu'auriez-mus foit à ma place? » el de l'embarrasser .. \yanl passé ~ l'offensirn, où il excellait, Guizot demanda à )!olé comment, s'il prenait sa place, il pourrait sui\Tc sa poillLique, à lui. \[olé, qui était la politique de Guizot, après l'a\'Oir rcnrnr~é avec le concours d'une majorité qui n'approm·erait pas celte politique. Oc,·ant la Chambre, Guizot trou,a en face de lui un antagoniste d'une autre cn\'ergure. Très habilemenl, Thiers t•lablit une connexion entre les aclcs les plus récents du ministère : " C'est ii l'affaire de Taili, dit-il, que vous a,e, ,acriflé nos intérêts au \laroc.» Guizot eût pu avouer, montrer que, désormais, la tranquille possession de Taïli nous étail acquise, moyennant l'indemnité Pritchanl et une d<'marchc diplomatique. li préférn nier Ioule connexion entre les deux affaires. déclarer qu'il a\'ait. dans l'affaire du '.\laroc, accueilli les bons offlces de l'.\ngleterrc pour la conclusion de la paix, et que, pom celle de Taïti, l'indemnité versée ù Pritchard n'annulail pas l•s motifs légi· lime, qu·on a,ail eu de l'expulser. mais se jueliflait par certaines circon~lances ,egrcllablcs et blâmables de cette opération de police . .\ Thiers succéda Dupin, qui, flairant la défaite, apportait son concours aux plus forts. D'autres encore se détachèrent de la majorité ministérielle : ~ainl \lare Girardin cl de Carné. Billaul adjoignit aux coalisés les forces de l'opposition. \lais, au ,·oie. Guizot l'emporta de cinq ,oi,. C'étail une faible majorité. c'était même une minorité si l'on défalquait les rléputés ministres. \lais, devant le scrutin. c'était la majorité cl d'autre part, Louis-Philippe n'entendait pas se séparer de Guizot qui, dans ces affaires. l'avail servi cl <.":OUtcsncuion ses intentions. Pour apprendre à ses députés cl pairs fonctionnaires leurs devoirs, et donner la mesure de leur indépendance parlementaire, et mamlenir les autl"<'s dans la soumission qu'ils dc,·aicnt arnnt tout au pouvoir, Guizot, au lendemain de ce débat, révoqua Drou_vn de l'lluys, dircctetrr au ministm des affaires étrangères, et le comte Alexis de Saint-Priest, ministre lie France à

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