HISTOIRE SOCIALISTE 497 l,n pt'èll'e nommé Carol, qui pou!' comble élail aumônier de eollègc, c'cslà-dirc d'un établissement de !'Etal, avait, sous l'inspiration des jésuites de Nancy, publié un ouvrage où l'enscigncmcnl de la philosophie déiste de Victor Cousin, conciliée avec « celte misérable anatomie de l'homme» connue sous le nom de philosophie écossaise, était dénoncé comme un nourcau paganisme, comme une « religion à la façon de Robespierre, la raison laissée à ellemême, sans frein, sans règle, si ce n'est la pensée, le caprice, l"intérêt de chaque individu ». Le hargneux prestolel I idait dans cc pamphlet tout le fiel des aumôniers du collège contre leurs concurrents les plus directs dans l'esprit des élèves : les professeurs de philosophie. Le pamphlet de l'abbé Carol en fil surgir une quantité d'autres du même ton, où la calomnie et l'out,·age contre l'enseignement de l'Etat étaient à l'ordre du jour. M. Debidour, dans son 1/istoire des rapports de l't:glise et de l't:tal, en a recueilli quelques-unes. Citons, d·après lui, un épais volume de l'abbé Oesgarels où il était dit, entre autres gracieusetés, « que les infâmes ouvrage• du marquis de Sade n'étaient que des églogues auprès de cc qui se passait dans l'Université». D'apl'ès cet auteur, les conséquences de l'enseignement ;,a,· l'Etat étaient « le suicide, le parricide, l'homicide, l'infanticide, le duel, le viol. le rapl, la séduction, l'inccslc, l'adultère, Ioules les plus monstrueuses impudicités, les vols, les spoliations, les dilapidations, les concussions, les impôts et les lois injustes, les faux témoignages, les faux serment," et les calomnies, la violation de tout ce qu'on nomme loi, les insurrections, les tyrannies, les révolutions » et comme dans la fameuse cl cocasse énumération pathologique de Molière : • la mort». 1·a.nt de fiel cntre-t--11dans l'ame des dévots , « Selon l'Université, a/iutail le doux abbé Dcsgarcls, il n'y a pas plus de vice, d'injustice, de mal à faire toutes ces choses qu'il n'y en a pour le feu de br0ler, pour l'eau de submerger, pour le lion de rugir, pour les boucs el les chèvres de Théacrile de servir de modèles à leurs frères du Collège de France el de l'Ecole normale el à leurs nombreux pelils. » Edgar Quinet, avec sa prétention d'être « sorti d'un ver », n'était qu'un « impur blasphémateur ». Victor Cousin, si respectueux des puissances établies, était un délracleur du christianisme. L'évêque de Chartres recommanda le livre de l'abbé Desgarels « ~ux pères ae famille co,ome un 011vrage vraiment classique ». L'abbé Védrine, un curé limousin, descendit encore plus bas, s'il est possihle, dans l'invective calomnieuse. Pour lui, l'Université enseignait • la philosophie de Voltaire, de Crébillon fils, la politique d'Héberl, l'histoire à la façon de Pigaull-Lebrun ». Il traçait des collégiens enlevés par « la pre,se des matelots du carbon'!-risme » et jetés dans le repaire de pirates el d' « écumeurs » qu'était l'Universit6, le tableau que veici :
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