Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

49() HISTOI.RE SOCIALISTE guerre pour la possession de quelque; Ilot, perdus au fin fond de !'Océan ? La question ful portée, le 29 février, :\ la Chambre. Billault el Dufaure menèrent le combal conlre le cabinet, qui a,·ail enfin pris la résolution de désavouer Dupelil-Thouars. Le colonial Ducos les appuya par un ordre du jour de désapprobation de la conduite du ministère. La Chambre semblait fléchir sous la pression belliqueuse de l'opinion exaspérée d'une nouvelle capitulation deranl les exigences anglaises. La suile de la discussion ayanl été remise au lendemain, la soirée ful employée par le ministère cl ses amis à montrer aux députés les suites du vole qu'on leur demandail. ~1. Thurcau-Dangin a tr-ouvé dans les noies inédites de M. Duvcrgicr de l laurannc un récil fort significatif de celle soirée, où le baron de Rothschild, à la réception de la duchesse d'Albufera, allait de l'un à l'autre on disant : « Vous \'Oulez la guerre ; eh bien, vous l'aurez ... Dans quelques jours, on se tirera des coups de canon. » Financiers, négociants, industriels, éleveurs, pour la plupart, les députés voulaient bien fanfaronner à l'unisson de la vanité nationale ; mais de là :\ \'OUl&irdélibérément un conflit qui arrêterait les transactions, fermerait les ateliers, tarirait, sauf pour les entrepreneurs de fourni• turcs militaires, la source abondante de leurs bénéfices en supprimant tout échange arnc l'Angleterre, il y arait un pas qu'ils n'étaient point disposés à franchir. Aussi, le lendemain, furent-ils beaucoup plus froids. Quant à Guizot, son parti était pris. Passant par-dessus les usages parlementaires, il déclara que, si l'ordre du jour Ducos était voté, le cabinet ne se retirerait pas. La Chambre aurait simplement, par celle manifestation, affaibli les négociateurs français dans leur débat avec le gouvernement britannique. L'argument porta et, au ,·ote, Guizot retrouva sa majorité. Il devait la trouver moins maniable, quelques semaines plus tard, lorsque ,·inrent en discussion les projets de loi préparés par Villemain sur les petits séminaires el sur lïnslruction secondaire. La recrudescence de cléricalisme que nous a,-ons signalée dans un chapitre précédent, et les complaisances du pou\'Oir pour celle réaction religieuse avaient provoqué nécessairement dans le pays un mouvement de résistance. La bourgeoisie entendait bien se servir de l'Eglise pour tenir le prolétariat dans l'état de résignatiriri qci en assurr.it la servitude, mais non se livrer elle-même pieds el poings liés à la puissance cléricale. Or, tant que l'Eglise n'est pas tout, n'a pas tout, elle se \lit opprimée et persécutée. On ne lui fait pas sa part. Ce qu'elle demandait, sous le nom de liberté de l'enseignement, c'était le monopole pour les établissements d'instruction que les jésuites, les dominicains, d'autres associations tout aussi illégales, ouvraient sur tous les points du territoire, L'Université, objet de sa haine, était accusée avec effronterie de posi;éder le monopole de. l'enseignement et d'en profiler pour « décalholiciser » la France.

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