Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

JIISTOI.RE SOCIALISTE qu'à cc que la notion de la véritable égalité en amour, ou, ce qui esl la même chose, du 1·érilable amour, soit acquise, tout se réduit à une insurrection sans règle, à une dérnstalion brutale de la plus belle des facultés humaines, » el l'amour disparait sous la recherche égolslc du plaisir d'un moment. Ln liber-té amoureuse en régime d'inégalité sociale, de salarial, de paupérisme, c'est la proslilulion des pauvres aux riches. Aussi, Pierre Leroux donne à la femme la garantie du mariage, sous la loi de l'égalité en amour : « Voilà, s'écrie-t-il, la ,·érilé qu'il faut dire aux hommes el aux fcmmes. Mais c'est fausser celle \'érilé cl la transformer en erreur que de dire aux femmes : Vous êlcs un sexe à part, un sexe en possession de l'amour. Emancipez-vous, ~•est-à-dire usez el abusez de l'amour. La femme ainsi transformée en Vénus impudique perd à la lois sa dignité comme personne humaine, el sa dignité comme femme, ·c•esl,-à-dire comme être capable de former un couple humain sous la sainte loi de l'amour. » Le socialisme de Pierre Leroux, très vague, comme nous avons vu, est une conséquence de sa philosophie. Dieu est notre créaieur à tous, il n'a pu nous vouloir qu'égaux. S'il' a mis en nous le sentrment de l'égalité, c'est pour nous porter à le réaliser. li a mis en nous le lnple attribut : scnsation-senliment-connaissancc, el a confié à notre lihcrlé le soin de réaliser le plan divin. l'\ous devons toujours progresser, dans celle vie d'abord, dans la vie extraterrestre ensuite. Le progrès n'est pas une marche vers le bonheur, mais ,cr• un dé\'eloppemcnl de tous les attributs humains. Pour que le bonheur se réalisât, dit Pierre Leroux, « il faudrait que le monde extérieur s'arrêtât el s'immobilisât. Mais alors, nous n'aurions plus de désirs, puisque nous n'aurions plus aucune raison pour modifier le monde, dont le repos nous satisferait el nous remplirait. Nous n'aw·ions plus, par conséquent, ni activité, n1 personnalité. Cc serait donc le repos, l'inertie, la mort, pour nous comme pour le monde». . Avec une telle philosophie, Pierre Leroux pournil séduire les esprits <l'élite, éveiller en eux un monde de pensées ; mais non donner à la masse souffrant dans la géhenne capitaliste une espérance précise cl robuste qui la soulc\'âl et l'en délivràl. Aussi allait-clic à Cabet, qui lui promettait l'immobilité du paradis communiste, cl ignorait-elle Pierre Leroux. Elle ne devait revenir que plus tard à la notion du progrès el de l'effort continus, si puissamment affirmés par le philosophe idéaliste. Ce fut également en 1843 que parut une petite brochure l'Union ouvritre, où se trouve répétée el précisée la pensée exprimée en 1832 par Jean Reynaud, reprise ensuite par Pierre Leroux, sur la nécessité d'une représentation ~péciale des prolétaires. Cc sont là, el à ce titre elles !!ODlimportantes, les premières vibrations de l'appel que ~larx el Engels lanceront en 1817 : ProUlaire, de tous les pays, unissez-mus ! L'auteur de celle brochure, Flora Tristan, nait passé quelques &nnNI •

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