HISTOIRE SOCIALISTE 48ï il y étudiait le conOil de la bourgeoisie et du prolt<tariat. li cor1statait avec tristesse le triomphe momentané cl' « une sorte de nol,lcs,;c d'écus qui a remplacé l'ancienne noblesse du sang, et qui, â son tour, est gngnéc par la corruption ». 11 flétrissait l'absence d'idéal qui était lo caractère de celle classe repue. « Où csl lem doctrine ? demandait-il. Ont ib une politique pour continuer la Révolution cl la mener à ses fins ~écc,,aire,, l'étal,losscmcnt des principes de 89 ? Ont-ils un sentiment social, une i<lée quclcon'luc ? lis n'ont que lïnlérêl, l'intérêt individuel : chacun pour ,oi. » Que proposait Pierre Leroux pour emp~chcr 1'1né,·ital,Je soulè,cmcnt des prolétaires qui s'apprêtaient à mettre la force au senicc de leur droit ? Que les prolétaires fussent spécialerncnl représentés à la Chamhrc, que des lois protectrices de la santé el du salaire y fussent votées. que des trm aux publocs fussent entrepris par l'Etat, que les retraites ouvrières fu-;'-enl instituées, enfin que l'instruction el l'éducation fussent données à Lous. t::t pour décider les bourgeois à appliquer ce modeste programme, il leur disait c.- que lord llrougha.m disait nux gentlemen de !;On J•.'.l)" : « Si , oth nü marchc1 pn.:-,plus , itc-. je vous préviens que le peuple vou-; montüra ::.urles talon~. n i\ou:, rctrou\'ons là le programme« socialiste» qu'il arnit donné à Lcdru-l\011111. Pierre Leroux vaut donc surtout par sa critique sociale. d'ailleurs plus morale et philosophique qu'économique. Elle n'en csl pas moins forte et précise pour cela, et, dans l"J/umanilé, comme dans l'Ega/ilé que publia d'abord !'Encyclopédie 1touvel/e, se trouvent d'éloquentes pages sur le droit de propriété, sur la transformation du scrrngc en ~nlariat. sur l'ég-nlité du droit coexistant aYcc « la plus atroce inégalité ». \lais pour lui la notion du droit, fils de l'idée créatrice, est si puissante, qu'elle finit pnr c,·écr le fail. Théorique ment, l'égalité s'affirme « sous le nom de concurrence », cela surfil ; le reste viendra ; « le droit de Lous à toute propriété cl à toute industrie est reconnu » ; ce droit portera ses conséquences, se réalisci-a dans les fmts. Son passage parmi les saint-simoniens a,·ait, par réaction, rnmené Piene Leroux fort en arrière. Son idéalisme aidant, il a, ail de l'amour un sentiment si éle\'é, qu'il n'hésitait pas à n'admettre le di,orcc que comme « une règle exceptionnelle el temporaire ». Et il allait jusqu'à dire : « La cessation de l'amour, la séparation el le divorce équi,alent à la mort avant la morl. » Il se posait cette question : « La moralité humaine a-t-elle été a"brrncntéc par la proclamation de !"égalité en amour ? " Et il répondait : « Je n·en fnis aucu11doute, mais je dis qu'il en est résulté provisoirement un grand mal. Hélas ! le progrès ne s'accomplit qu'avec des souffrances ! Oui. c'est un progrès immense dans les destinées humaines que d'avoir proclamé le droit de tous et de toutes au libre dércloppement de leur sympathie. » ~fais il aperçoit le piège où, s'ils avaient réussi, tes samt-simo111e11asuraient inconsciemment pris l'humanité : « Jusqu'à cc que l'homme 31t fait un pas correspondant dans la connaissance, dit Pierre Leroux, c'est-à-dire jus-
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