Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

486 HISTOJ.RE SOCIALISTE; lapissie,·s <lonnaicnl pour rien les « salons dorés » où Béranger lui reprocha d'arnir promené sa métaphysique. La Hcn,e indépendante fut largement ouverte a.ux poètes ouvriers : Poncy, Sa\'inien Lapoinle, .\law, Durand, y chanlèrcnl les rêves el les espérances du prolélariat, lan<lis que \ïardol, Eugène Pelletan, Etienne Arago, Victor de Laprade, Louis Blanc. Pauline Holand, y trailaienl a,ec George Sand el Pierre Leroux les questions littéraires, philosophiques, politiques cl sociales. Pierre Lcl'oux a,nil appel~ mec joie les mai;on~, les menuisiers, les cordonniers à collaborer mec lui. li ,oyait éclater dans leurs œuncs poétiques« la puissance conciliatrice des iMcs nouvelles qui allaient, pensaient-ils, bientôt consolider la paix entre les nations et cnlre les classes, en l'élevant à la hauteur d'un principe )>. La philosophi,• n•ligieu,e de Pierre Leroux n'aiail pas appelé sur lui l'attention des lillérateurs et des historiens seulemc11l. L'Eglise essaya-t-clle, comme il le crnit, de l'allircr à clic ? Ceux qui se préscntèrenl chc, lui en son r,orn ai aient ils mandat I niable? Qui le peul sa1oir? ~lais on ne peut mcllrc c11 tloulc l'étrange démar·chc faite auprès de lui, en 1811, par « deux jésuites de robe courte » et quïl l'apporte en ces termes : « On a lu 1otrc lilTC (l',ldresse aux Philosophes), me dirent-ils. - Qui ? leur ùemandai-jc. - Ln comité, - ce que vous appelez un comité ... - Enfin, nous avons lu \'Oire li1rc cl nous en sommes contents ... li n'y a pas une ligne, pas un mot à retrancher. \'ous arnz sondé profondément la pluie du siècle. Vous arez montré le déficit de la philosophie. Nul doute, aussi, le christianisme, tel qu'il est compris. ne suffit pas. Il /aut transformer le christianisme. Rien ne manque pour celle œu1Té. L'argent, la position dans le monde qui sert à donner de l'.ll'!(Cnl cl qui sert aussi à masquer les desseins, - oui ! ils employèrent celle expression ! - nous arons tout. Voule2rvous contribuer à celte grande œuvrc ? Rien ne mus fera défaut. Est-ce une chaire que vous voulez ? Nous allons ouvrir des écoles, des institutions, des collèges. - Voulcz-\'ous, - el c'est phis pl'obable, - continuer à écrire ? Nous vous mettrons la bride sur le cou. Nous al'ons déjà des journaux, el nous en aurons d'autres, nous allons publier des livres. Ce que nous pou\'ons dire, ce que nous sommes chargés de vous dire, c'est <JUC nous irons, dans la transformation à faire subir au christianisme. aussi loin qu'il est possible. « Cette conversation m'est aussi présente quo si c'était hier, » ajoute. Pierre Leroux. Il éconduisit les , isiteurs, qui étaient venus dans sa mansarde de la rue Saint-Benoît jouant auprès de lui la scène de Satan tentateur transportant le Christ sur la montagne d'où l'on apercevait tous les royaumes du monde. Et ii les éconduisit de telle sorte qu'il ne les revit point, Il s'était chargé de la chronique politique dans la Revue indépendante, et

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