Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOIRE SOCIALISTE 483 Que pouvaient faire, aussi, les directeurs de journaux cl de revues d'un écril'ain qui, sans souci de la mode cl des courants d'opinion, ne songeait qu'à exprimer les pensées dont son cerl'cau bouillonnait I Un jour, n'imaginet-il pas d'apporter à Buloz, directeur de la Revue des Deux Mondes, un article sur Dieu. Car tous les novateurs sociaux de l'époque étaient déistes, fondaient sur la notion de Dieu el parfois sur une religion leur construction sociale. - Un article sur Dieu ! s'écria Buloz. Que voulez-vous que j'en fasse 7 Dieu, ça n'a pas d'actualité, mon cher monsieur Lernux. Trouvez-moi autre chose. \lais précisément, si !'écrivain avait autre chose, c'est surtout de Dieu qu'il entendait entretenir ses contemporains. Celle passion métaphysique ne fut point vaine, cependant, et Henri \lartin pouvait écrire de Pierre Leroux, dans la préface de son lI isloire de France : « nendons grâces à un homme dont le caractère esl au ni,·cau de sa haute intelligence : rare éloge dans notre siècle ! On ne saurait toucher à la philosophie de l'histoire sans rencontrer le profond sillon tracé par Pierre Leroux. Ses lrarnux sur les aclr, religieuses cl philosophiques nous ont puissamment aidé à comprendre ces mouvements de l'esprit humain. Quelque jugement qu'on ait pu porter sur les théories émises plus tard par \1. P. Leroux, la rnlcur de ses belles études d'histoire philosophique n'en reste pas moins incontestable. » George Sand, Henri Heine, \'iardol, \lazzini, tant d'autres, moi.traient pour Pierre Leroux un véritable enthousiasme et avaient a,cc lui de longues conrcr,ations dans sa mansarde. George Sand écrit à un de ses amis : « J'ai la ce1·tilude qu'un jour on lira Pierre Leroux comme le Contrai socir,l. C'c,t le mot de ~I. de Lamartine. » Est-ce l'amour qui fait ainsi parler celle qui déclare elle-mème n'être « qu'un pùle , cflel de Pierre Leroux » ? Elle proteste en ces termes dans une lettre à un ami : « L'amour de l'àmc, je le ,·eu, bien, car de la crinière du philosoph", je n'ai jamais songé à touche,· un chc,·eu el n'ai jamais eu plus de rapport a,ec elle qu·a,·ec la barbe du Grand Tu,·c. - Je Yous dis cela pour que vous ,entiez bien 4uc c'est un acte de foi sérieux, le plus sérieux de ma vie, cl non l'engoûment équivoque d'une petite dame pour son médecin ou son confcs,cur. » Béranger, ayant appris que George Sand promenait son philosophe dans les salons mondains, s'en montra mécontent. « li faut, écrit-il, que ,·ous sachiez que notre métaphysicien s'est fait un enlournge de femmes à la lêle desquelles sont ~!mes Sand et \larliani, -•t que c'est dans des ,salons dorés qu'il expose ses principes religieux et ses bottes crottées. Tout cet entourage lui porte à la tête, et je trouve que sa philosophie s'en ressent beaucoup. » George Sand admirait, sans toujours bien les comprendre, les théories de Pierre Leroux. Elle l'a,·oue en ces termes, dans l'l/isloire de ma i;ie : • Je ne sentis pas ma tète bien lucide quand il nous parla de la propritlt lies inslru-

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