482 HISTOJ;RE SOCIALISTE ricu, encore des autres socia.lîstes, car Proudhon a,·ait du in.oins fait à sa. « folie » l'honneur de croire qu'elle pou\3il s'attirer les rigueurs de la magis-, traturc. C'est ici le moment de parler de Pierre Leroux, que nous a,•ons ,·u parai-. tre à certains moments de notre récit. Il est assez malaisé de préciser sa doctrine sociale, car il fui surtout un philosophe en même temps qu'un critique de l'indi\'idualisme économique. D'autre pari, comment nier son influence sur les, esprits de son Lemps, tels George Sand cl Eugène Suë, dans leur ori2ntalion. socialiste? Comment, sans profonde injustice, refuser le titrn de socialiste à l'im enleur du mot, puisque ce fut lui qui le prononça le premier en France.- dès 1832? i\\'anl lui, dans le premier quart du siècle, les disciples d'Owen, en 11nglclerre, arnient opposé « socialisme " à « capitalisme "; Pierre Leroux, lui, l'opposa à « l'individualisme ». Et, d'autre pa, l, qu1Jllc noLlc cl intéressante figure! Qui, plus que Pierre Leroux, arail !'~me profondément socialiste! Avant de cle\'enir directeur du Globe el de le donner aux saint-simoniens, il y arnit été prote de l'imprimerie. Un jour, c'était aux derniers Lemps de la Restauration, Guizot l'aborda en lui frappant amicalement l'épaule : - Quand viendra notre ministère, monsieur Leroux ? lui dit-il. - Dites voire ministère, répondit le jeune chef ouvrier. Je ne serai jamais ministre ; mais les personnages de votre trempe, monsieur, le deviennenl toujours. Toute sa \'ie, il travailla à une invention que d'autres devaient, mais liien 1;lus tard, mettre au point \'Oulu : un « pianot) pe » pour la composition d'imprimerie. Dans sa combinaison comme dans celles qui ont réussi depuis, la machine devait fondre les caractères à mesure que let) pographc les appellerait en frappant le cla,icr. JI n'était pas seulement un inventeur de machines, mais encore et surtout un in\'Cntcur d'idées ; 11111 cerveau ne fut plus fécond que celui-là. Les bureaux du Globe furent, un moment, un centre intellectuel où parurent IOW! ceux qm doraient marquer quelques années plus lard. M. Dumilùtre, le sculpteur à qui l'on doit ln. statue que les compatriotes de Pierre Leroux lui ont éle\'ée à Boussac, il y a quelques années, affirme qu'un jour« Sainte-Beuve, en sortant d'une de ces réunions où il s'était laissé séduire par la parole claire et incisive de Pierre Leroux, ne put s'empêcher de déclarer : « Leroux ! Leroux !. .. mais il a toujours des idées nom·elles ! C'est ma « vache à lait ! Il m'a encore donné aujourd'hui le sujet d'un article. » l\'ous a\'ons rn que Pierre Leroux avait quitté la communauté de la rue ~lonsigny lorsque le saint-simonisme était de\'cnu intenable. C'est alors qu'avec son ami Jean Reynaud il fonda la /lcQuc encycloptdique. « Le jour où ils commencent leur premier article, dit ~lireeourt, ils ne possèdent pal· quinze sous pour leur déjeuner commun. » Il devait on être à peu près toujours ainsi pour lui, el « la misère rut le partage de toute son existence•·
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