Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOIRE SOCIALISTE 481 le signer, le Pacte social, dans lequel ses disciples affirment à tort qu'il a exprimé, le premier, l'idée collectiviste. Le Pacte social demande un impôt spi! cial sur le privilège de propriété et quelques avantages spéciaux pour le prolétariat. Hien de plus. Cet auteur, dit Proudhon, « pourrait bien être envoyé à Bicêtre, à supposer que les magistrnts consentissent à ne le regarder que comme fou ». Qu"estce donc qui vaut au créateur du « socialisme rationnel " ce Jugement féroce? Sans doute sa théorie cartésienne de l'insensibilité des animaux. Sa philosophie, à laquelle ses disciples, peu nombreux, demeurent encore singulièrement attachés, cs_ten effet déconcertante. Elle est h la fois athée cl spiritualiste. L'homme seul a une nmc, les animaux sont des mécanismes articulés. Entre eu, tt lui, il ) a « coupe de la série ». Cc 11c sont pas ces théories qui le recommandent à notre attention cl à notre rc,pccl. Cc n'est point sous cet aspect qu'il se présente comme un ancêtre sociali,lt•, mais ,ous celui du critique impitoyable du régime capitaliste d'une part et du théoricien de la socialisation du sol d'autre part. Pour lui, le régime du moyen ngc mut mieux que celui dont les prolétaires -ont acturllcmenl les , ictimcs. Le mal vient de cc que la propriété du sol est monopolisée. Cette monopolisation« nécessaire, par conséquent juste cl rationnelle» pour le passé, ne l'est plus à présent, « où, sous peine de mort sociale, le sol uo,t entrer à la propriété collective ». Car, pour Colins, la rente du sol est la source de toute exploitation. La supprimer, c'est ôter tout 1cnin au capitalisme. Le capital étant du • salaire passé » ne peut plus se grossir aux dépens du « salaire présent"• du moment que la rente a disparu. La propriété mobilière devient alors accessible à tous. « Sous la concurrence rationnelle, dit Colins, chaque enfant clr, rnu majeur, sortant des mains de la société collccth·c, entre dans ln société des individus, avec les dél'clopcmcnts de tous sc_s moyens, tant physiques que moraux, riche de sa part inaliénable dans la ricl,cs.se collecti,e cl d'une part aliénable résultant de sa dol sociale. » Cette doctrine sociale, à laquelle son auteur donna le nom de collectirisme, ne fil pas le moindre bruit à son apparition. En vain Colins lenla-l-il de polémiquer avec tous les écri,•ains connus ; les adhésions se limitaient à un cercle minuscule de fidèles. Quant nux écoles socialistes, elles ignoraient l'école de Colins, cL l'on a vu de quel mol dédaigncu"<,rnlant qu'injuste Proudhon l'a,ail salué en passant. Colins avait beau dire : « Le saint-simonisme, c'est le despotisme d'un homme; le fouriérisme, c'est le despotisme des passions ; le communisme, c'est le despotisme de la folie. » On le laissa polémiquer dans le ,·,du. Pourtant, il a laissé un mol : le collectivisme, dont la langue socialiste devait s'emparer vingl ou trente ans plus tard, el sa doctrine de nationalisation du sol est aujourd'hui celle d'une importante école sociale américaine. Il mérilail donc mieux que le sarcasme fugitif de Proudhon el que le silence plus inju-

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