Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

480 IIISTOI.IIE SOCIALISTE leur optimisme, il ne suffit pas de surexciter l'industrie ». C'est cependant dans r-c dé,cloppemcnl du capitalisme que, comme Pccqueu,·, il aperçoit le salut. Mais, tandis qu'on pousse à cc progrès, « il faut en mème temps appeler rouHirr ;\ participer à la richc,sc créée». C'est le role de la démocratie, par l'Etat, d'organiser cette participation. ,\ussi est-ce« au nom de la liberté» que \ idal demande l'organisation d'un pouvoir fort, agissant dans le domaine économique en fa,cur des déshérités. ·11affirme le devoir pour « les véritables amis de la démocratie» de « réhabiliter l'idée de pouvoir, dans l'intérèl du peuple, dans l'intérèt de l'ordre el de la liberté "· « En désarmant le pouvoir, dit-il, en le rédui,,ant ;\ l'impuisancc, on croyait arriver à la liberté la plus complète, et l'on a abouti à l'excès de l'imprévoyance el de l'égoisme, au triomphe de la force sur la raison e·l sur le droit, à la domination de <1uclques intérêts particuliers, des intérêts de la minorité, enfin à l'anarchie univcrsc11c. » Que vient-on parler de charte, d'équilibre des trois pou\'oirs, cl autres fadaises ! « li est temps, dit \ïdal. de laisser un peu de cvlé les questions de personnes, pour abur<ler franchement les véritables questions, les questions économiques et sociales. » Car « il n'y a ni dignité, ni moralité, ni indépendance possibles pour l'homme qui n'a point l'existence garantie, qui n'est pas assuré de pouvoir toujours gagner par son tra1•ail de quoi suffire aux besoins de la vie ». Mais à côté de l'Etat qui les aide, il faut que les travailleurs s'aident cuxrnèmes. Vidal préconise donc, en disciple de Fourier, la coopérution commanditée par l'Etat el même par les capitalistes, car il a très bien aperçu que ces derniers cherchaient avant tout le profit, et qu'ils n'ont pas, dans leur fonction, le sentiment de classe. Et de fait, les grandes coopératives ouvrières de consommation trouvent aujourd'hui auprès de leurs fournisseurs un crédit que ne trouvent pas Tespetits boutiquiers à la clientèle incertaine, menacés il chaque instant par la faillite. En voulant réduire le capitaliste à la fonction de rentier, en transformant ses capitaux en instrument de crédit et non plus en moyen d'exploitation du travail, en supprimant le profit capitaliste réduit au loyer de l'argent, dont le taux s'abaisserait nécessairement à mesure que grandirait la puissance économique des associations de product~urs, Vidal traçait un plan de socialisation progressive de l'industrie, toutes les associations se garantissant l'existence par une assurance mutuelle, el les coopératives de consommation assurant un débouché aux associations de production, que Proudhon &. traité beaucoup trop légèrement lorsqu'il s'est écrié méchamment : « Vidal est le dernier mot de L. Blanc ; je le connais de vieille date ; c'est un compilateur sans invention et qui va jusqu'au plagiat. » Dans le même temps surgit un autre formulateur du collectivisme. Colins, ancien colonel du premier empire, qui écrit en 1843 les premières parties ~e la Science sociale. Il a à cette époque cinquante ans. En 1835 il a publi6, sana

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