Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

472 llISTOI RE SOCIALISTE a été plus séricuoc et plus approfondie que celle des communistes de l'école révolutionnaire, sa conception de l'Etat sera moins simple aussi. C'est bien la société qui, finalement, doit ètrc l'unique propriétaire, mais l'Etat, qui est l'org:111cde la oocil'lé. 1i"a pas chez Loui, Blanc celle autorité absolue sur la production que lui donnent 13abeuf, 13uonarolli et Cabet. En faisant de !'Etal le « banquier de. paU\ rcs », le commanditaire du trarnil, Louis 131ancnous montre le plan incliné par lequel il ,eut faire é\'O- · luer la société de lïndi, iùualismc au communisme, où chacun donnant selon · ses forces rece11·a scion ses besoins. Il appelle donc les travailleurs à organiser des coopèrali\es de production, il leur rappelle que ces groupes de producteurs ne doi,cnt point s'opposer t,,s uns aux autres, mais se solidariser pour organiser l'cquilibrc entre les besoins et leurs moyens de satisfaction, la commandite de !'Etal procurant au monde du travail les capitaux destinés à faire chsparailrc le para,iti,me économique. En mème temps, se fondant sur ce que « l'abus des successions collatérales est uni1crscllcmcnt reconnu », Louis 131anc demande leur abolition cl que « les valeur, dont clics se trou,·eraicnl composées » soient « déclarées propriété comn11111:1lc ». De la sorte, ajoute t-il, chaque commune « arri\'cra,t il se l'on11cr un domaine qu'on 1·c11clrail i11aliénab)(' 1 et qui, ne potn-anl que s'ét~rnlre. ::U1lè11rrail 1 ,;:311"' d(•rhircmr11l"'i 11i usurpations, une révolution agricole immense "· Car c'est pacillqucment que doit s'accomplir la transformation sociale. Donner le s'llffrnge uni\ erse) au peuple, enseigner à celui-ci l'exercice de sa sou,eramcté, faire sen ir cette som eraincté à remettre aux mains de l'Etat la banque, les mine,. les chenuns <le fer, les assurances, voilà les moyens sur lesquels Louis Blanc compte pour en finir a, cc le I ieux monde <l'inégalité el d'iniquité. Mais cet Etat. Louis Blanc en fait-il l'instrument permanent, éternel, do la puissance collcctÎI e ? ;\;on. Et , oici encore cc qui le distingue des communistes qw l'ont prfrt'dé. « :\ous faisons intcr\'enir l'Etat, dit-il, du moins au point de , uc de l'initialire dans la réfor111eéconomique de la société. » « Qu'on ne s'y trompe pas, » ajoute-! 11. « Celle nécessité de l'interwnlion du· gou\Crnement est relati, e. » Et il annonce des temps « où il ne sera plus besoin d'un gouvernemen't fo1'l et a('tif, parce qu'il n'y aurn plus dans la société de classe inférieure et mineure ». En allendant que cesse cet état d'infériorité et de minorité, « l'établisse ment de Louis. Philippe de ,'ètre désintfressé de la rlirection des esprits, ne saurait être fécondé que par le souffle de la politique ». Jusqu'où doit aller cette « autorité tutélaire », nous en a,·ons déjà eu le sentiment, lorsque nous a\'ons vu Louis Blanc, dans son 1/isloire de Dix Ans, reprocher au gouvernement de Louis-Philippe de s't'trc désintAressé de la direction des esprila Ici, il rejoint l'autoritarisme de BabeuCet de Cabet.

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