HISTOIRE SOCIALISTE 471 son aspect chétif, ne témoignaient pas en sa faveur. 1lais, en dépit de l'apparence, il était doué d'une incomparable puissance de travail. Tout en donnant des leçons pour vivre, il achemit de s'instruire. Dès qu'il s'était cru suffisamment armé, il avait voulu entrer dans le combat. Armand Carrel a, ail fait un accueil découra:;eanl à cc mi11isculebonhomme, pàle et imberbe, qui a, ail plutùt l'air êl'un collégien échappé que cf'un militant de la cause répul,!,caine. Sa volonté tenace, unie à un ,a, oir réel, à une éloquence prenante cl com- ·nunicative, avail y;1incu tous les obstacles. Disciple de Jean-Jacques Rousseau, admirateur de Robespierre, il croyait à la toute-puissance de la loi. « :\on, s'écriait-il dans la Hevue du Progrès, le progrès ne s'accomplit pas peu à peu dans les institutions du peuple. » S'il chemine lenlenient dans les intelligences, il peul faire des bonds prodigieux dans le domaine des faits, en une année, en un mois, en .une nuil, « changeanl les lois d'une manière complète, remplaçant, non pas une vieille conséquence par une conséquence nou,·elle, mais un vieux principe par un principe nouveau, apportant dans la vie d'un peuple non pas telle ou telle réforme partielle, mais un vaste ensemble de réformes coordonnées entre elles, en un mot substituant à tout un système de législation tout un système de législation contraire ». C'est sous l'inspiration de celle pensée maitresse qu'il fonda son socialisme sur la toute-puissance de la loi el de l'Etat. En quoi se différenciait ce socialisme de celui que Iluonarolli, son premier ma!lre, arnit hérité de Ilabeuf, el dans lequel l'Etat était également l'instrument nécessaire de réalisation? En ceci, d'abord, qui apparall dès les premières pages de l'Organisation du travail : « l\" ous mulons, dit Louis Blanc, un gouYernement qui intervienne dans l'industrie, parce que là où l'on ne prNe qu'aux riches, il faut un banquier social qui prêle aux pauvres. » Car le régime d'inégalité des richesses a été aggra\""épar l'industrialisme moderne, qui tend à concentrer les capitaux dans un petit nombre .de mains. La liberté de la concurrence n'est autre que le moyen pour les plus forts, les plus riches, de dc,enir encore pius fol"ls, encore plus riches, en ruinant leurs concurrents moins bien outillés. Ce régime de prélenduc liberté a arrnrhé la femme cl l'c;ifo11lau foyer familial, les a jetés dans la manufacture pour y faire concurrence :\ l'ouvrier. Celte concurrence néfaste, que les malheureux se font pour le pain quotidien, aggra,·e leur misère, les livre sans merci à leurs maitres. Celle que les maitres se font accroit la production au-delà des besoins de la consommation, ou plutôt de la faculté d'achat des consommateurs, et des crises s'ensuivent, qui ruinent les petits industriels el intensifient le paupérisme dans la classe dépoun'lle de tout el qui meurt de faim lorsque le chômage sévit. Seul un Etal démocratique pourra faire cesser cette contradiction cruelle et organiser le travail. De même que la critique économique de Louis Blanc
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