Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

134 HISTOI;RE SOCIALISTE ,olontaircment, il allait montrer une lil>erté siHgulièremenl plus grande que lrs démocrates de son temps : notamment lorsqu'il se prononcerait pour la séparation de l'Eglise el de l'Etat. Les intérèts, vraitncnt, avaient bien autre affaire que de s'occuper des idées. i.; n pro Jet du gouvernement les faisait alors entrer en errervescence. Guiwt cl Louis-Philippe avaient conçu un projet d'union douanière avec la 13clgiquc, sur le modèle du Zoll,·crcin allemand de 18-33 qni venait d'Hre renou,·elé en 1841. Cc pacte douanier, qui supprimait tous les inconvénients économiques du morcellement de l'Allemagne en une quantité de souverainetés politiques, avait valu il cc pa}'s de sérieux avantages par la conclusiol\ et le renouvellement de traités avec la Turquie, l'Angleterre el les Pays-Bas, notamment. L'Allemagne dernnait ainsi un marché unifié en même temps qu'une grande puissance économique, et menaçait singulièrement les intén!ts de la Ilclgiquc. Le roi Léopold s'était clone facilement entendu avec le roi Louis-Philippe pour l'étal>lissemcnt d'un Zollverein franco-belge. li était ven~ à Paris en arrNcr les termes a,·ec son beau-père el les ministres de celui-ci. Mais l'.\ngletcrrc veiilait. Hobcrl Peel vil que tout cc que la 13clgique industrieuse gagnerait au libre accès du marché français serait perdu pour lo commerce anglais. Il appela donc l'attention des cours du Nord sur les projets de Louis-Philippe et de son gendre. Et l'on \'il c;lle chose étrange : la Russie cl l'Autriche, la première enga- (!ée tout entière dans le Zollvc1·ein, et la seconde pour ses provinces allemandes, s'unir à l'Angleterre el à la Rus,i~ pour empêcher la France et la 13elgiquc d'en faire autant. Les puissances affectèrent de voir dans cette union (·conomique une ,•iolation des traités de 181;i, al>solumenl ccmme elles arfcclaicnl d'ignorer que la Belgique devait son existence comme nation à la violalion de ces traités. Les capitalistes français vinrent épargner au gouvernement de LouisPhili ppc la honte d"unc capitul_ation devant ces exigences, et ce fut devant IPs leurs qu'il s'inclina. Dès que Je bTuit avait couru d'une union douanière avec la Ilel~ique, les industriels du Nord, les propriétairtt de mines, les m6tallurgistes, les manufacturiers s'étaient mis en mouvement pour faire échouér cc projet qui ouvrait le marché français à leurs concurrents belges. Fulchiron menait le ch(eur des intérêts alarmés, qui voulaient conserver le monopole du marché. Une réunion tenue chez lui vota des résolutions porlanl quo« chacun do ses membres porternit ou cbcnherait l'occasion de porter ,es doléances auprès du trône et lui ferait connattre les perturbations que causerait la réalisation des projets ministériels ». Et ils avaient accès aupris du trône, ces bsrons de la houille, ces ducs du fer, ces marquis du coton, ces sei' g-neurs du sucre. Il9 étaient la naie féodalité nouvelle dictanlA MD ~ .,.

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