IIISTOH\E SOCIALISTE 433 Ce futile débat, où Guizot l'emporta grücc à sa majorité de fonctionnaires, détacha pour toujours du camp ministériel le poète qui a,·ait été un ornement pour la monarchie cl devint une force pour l'opposition. Par un chassé-croisé assez curieux, celle démission rapprocha Thiers du goU\crnement. Guizot fit la grimace, mais dut subir ce dangereux compagnonnage. Lamartine passant à gauche, était-cc là un événement imprévu ? Certes, non. La discussion de la régence ne fut que la cause occasionnelle d'un changement dont la Marseillaise de la paix avait été le plus visible symptôme. Louis-Philippe était bien le roi de la paix à outrance, mais il ne l'e0l pas chantée, génie poétique mis à part, sur le même ton que Lamartine. Quand celui-ci disait au banquet des antiesclavagistes : « Les vrais plénipotentiaires des peuples, ce sont leurs grands hommes, les vraies alliances, cc sont leurs idées, n il s'oppoMit de tout son idéalisme, de toute son aspiration ,·ers un étal nourcau, à la servilité de Louis-Philippe ,·is-à-vis des monarchies absolues et à son culte étroitement réaliste des intfrèts les plus immédiats. Il avait combattu, deux ans auparavant, le projet des fortifications de Paris, el mis l'opinion en garde, vainement, contre l'apothéose de Napoléon : « Je ne suis pas, s'était-il écrié, de celle religion napoléonienne, de ce .culte de la force que l'on veut depuis longtemps substituer dans l'esprit de la nation à la religion sérieuse de la liberté. Je ne crois pas qu'il soit bon de déifier ainsi sans cesse la guerre, de surexciter ces bouillonnements déjà trop impétueux du sang français qu'on nous représente comme impatient de couler après une trève de vingt•cinq ans, comme si la paix, qui est le bonheur el la gloire de notre monde, pouvait ètrc la honte des nations. » Pourquoi il était passé à gauche ? li le dit à ceux qui ne s'étaient pas encore étonnés de la contradiction qui éclalail entre de telles paroles cl la situation politique de celui qui les prononçait. Lors de la discussion de l'adresse, il dressa, dans un magnifique discours, l'inœntaire du régime de Juillet el constata la faillite. li montra les satisfaits s'engourdissant dans la digestion du pouvoir, tandis que s'ércillait un~ France nouvelle : « Derrière cette France qui semble s'assoupir un moment, disait-il, derrière cet esprit public qui semble se perdre, et qui, s'il ne vous suit pas, du moins vous laisser passer en silence, sans ,·ous résister, mais sans confiance ; derrière cet esprit public qui s'amortit un instant, il y a une autre France el un autre esprit public ; il y a une autre génération d'idées qui ne s'endort pas, qui ne vieillit pas avec ceux qui vieillissent, qui ne se repent pas avec ceux qui se repentent, qui ne se trahit pas avec ceux qui se tra hissent eux-mêmes, el qui, un jour, sera tout entière avec nous. n· Etait-cc une adhésion ~ la république ? Non. Lamartine n'alla pas jusquelà. Il voulait ramener la monarchie au pacte de 1830, entourer le trône d'insti lutions républicaines. !\fais dans celle sphère réduite où il s'emprisonnait •
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