424 J-IISTOI;RE SOCIALISTE sentiments qu'à discuter des faits cl à manier des chiffres, il était dépaysé dans cctt,, assemblée de 1,ropriétai,·cs cl de gens d'affaires. Leur critique aùséc d'J,ommcs ,·oués au culte des intérèts positifs, eut vite percé lïgnorance où il était de leur métier. Socialiste, il en eût tout de même ,·u assez pour les harceler d'une critique incessante. Mais il n'a\'ait de socialiste que son programme, cl l'on a n1 que le socialisme en était bien , aguc cl bien incertain, ù la mesure du socialisme <le Pierre Leroux, qui lui-même ne se formula jamais. li fut clone, lui si aclmi,·ablcmc11t doué pour les luttes oralo,rcs, à peu près condamné au silence, au grand clwgrin de Cormcni11 1 qui lui reprochait " de ne point se laisse.- :iller au grand courant de la Chambre ». JI prononça cependant quelques bons discours, re,·int fréquemment sur la question du paupérisme, mais en termes généraux, cl sans apporter une solution au mal qu'il dénonçait. Garnier-Pagès n'arnil pas été, certes, plus socialiste que lui. Mais du moins, ne s'était-il pas fait élire sur un programme déclaré socialiste. Et on pournil doublement regretter sa perle, lorsqu'en face de la quasi-inertie de son successeur, on se rappelait son apostrophe à Guizot qui en 1837, présentait le travail comme un « frein nécessaire » pour la classe ouvrière, et sans lequel les classes moyennes ne seraient plus en sécurité. « Comment ! lui avait répliqué Garnier-Pagès, vous seriez conduits à cette extrémité que vous n'aurez peut-Nre pas comprise, car elle est effra)•antc ; à cette extrémité, dis-je, que ces hommes si dangereux, s'ils a,·aicnt des loisirs devant eux, s'ils avaient une assez grande somme de temps, par suite de bien matériel, pour s'occuper des affaires du pays, menaceraient la tranquillité publique ! Comment ! nous ne serons tranquilles qu'alors qu'il y aura assez de misère pour qu'ils soient forcés de travailler ! » Le procès de Ledru-Hollin n'avait pas découragé le ministère, qui poursuivait son système de répression de la presse à outrance. Dociles à la rnix de leur chef, les procureurs généraux s'étaient emparés de la circulaire de ~lartin (du 11:ord), dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, el les tribunaux ne chômaient point. En quelques semaines, le National était saisi trois fois, poursuivi deux fois, puis une troisième ; trois fois le jury l'acquitta. Dans les départements, le jury acquittait également les journaux poursuivis. Le ministère allait avoir sa revanche sur les journalistes détestés. Le 13 septembre, au moment où, revenant de l'armée d'Afrique, le duc <l'Aumale passait dans le faubourg Saint-Antoine avec son état-major, un malheureux ou,•ricr, aigri jusqu'à l'exaspération par les souffrances endurées dans les pénitcntiers militaires dont il a,·ait réussi à s'évader, tira sur Je prince, sans l'atteindre. Il se nommait Quénissct et étail scieur de long. L'instruction établit qu'il appartenait à la société des Egalitaires, sous le nom
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