Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIHE SOCIALISTE 423 Les bourgeois du ~Jans acceptèrent le programme en laveur de l'homme. 11' avaient entendu l'homme, qu'avaient ils bcsoiu de lire le programme ! Qu'y a,ail-il dan, cc programme, que le Cour,·i,·r de la Saillie publia, ainsi que le discours, le jour de l'élection ? JI déhulail ain,i : « En répondant à votre appel. en ,c1n111l à \'OUS, je ,ous dois compte de ma loi politique. Celle foi Yin~, i11ébranlablc 1 je la pui:ic à la foi:; dans 111011 cu•ur cl dau:; ma rai!--Oll. Dans mon cu·m· qui 111r dit, à la \ uc de tanl <le mi..è. rc.., dont r..onta...... aillit•s les classes pau, rcs. que Dieu 1ù1 pa, ,oulu les condanrnrr il des douleurs éternelles, ô. un ilotismc sans fin. 0:J.nsma rai..,onqui répugne à l'idée qu·une société puis..,c impo~c-r à un citoyen des obligntions, de~ dc,·oirs, ~ans lui départir en rcianchc une portion qurlconquc de som ri'ainclé. » Le suffrage universel ain,i affirmé. Lcdru Hollin ajoutait : « La régénération politique ne peul èll'Cqu·un achcmincmcnl cl un moyen d'a1'l'i,cr ù <le ju~l<'.._ arnt'.•110 rations sociaJ,,s. >> Si ,nguc qu'il fùt, si pâle qu'il nous paraisi;:e, cc programme soulc,·a une grande émotion dans la classe ou\Tièl'r. Elle crut qu"elle allait a,oir à la Chambre un dt•rcn..,cur ,éhémcnt et infatigahlL•. ~larli11 \adau<l, "iC r('nH'.:rno rant lïmprrs(;,ion de ses c:::un3raclc1c;l, lt'" ~icnncs propl'rs. dit. dan.., ~t•,;; .Hémoires dr l.éonaHI, que« ceux qui furent t~moins de l"effet produit sui· ]1's masses pal' sa profcs,ion de foi affl1·mèrenl que Loui,-Pililippe , c~ul cc joul'-là un cvup tellement Yiolcnt cl fonnid:iblc q11'il Ir rcs,cntit jusq,i":)u 1110 ment de la pel'le de son trône en 18\8 ». Ce fut sur celle impressio11 que 1,- minislèrc, prenant le lexlc de quelques ,éhémcnces oratoires, traduisit le nom·eau député dcrnnl le jury, pour délit de presse et de parole. \"oilà où cù étaient à celle époque la liberté de parle!' cl la lihcl'lé électorale. Le jury de \laine et-Loire condamna Lcdru-Rollm cl llauréan, le g,·ranl du Courrier de la Sarthe . . \lnis un , icc de forme amena J'affoil'e de, ant la Coul' de cassation. Lcdru-Hollin y ap0$[1•opha le ministère public en ces termes : « El mus, procureur général, qui vous donne lïm eslilude ? Le ministère'? ,\loi, électeur, je cha~~c les ministres. Au nom de qui parlcL~,·ous ? au nom du roi. Moi, électeur, l'histoil'C est là poul' le dire, je fais cl je défais les rois. Procureur général, à genoux, à genoux, devant ma souveraine-lé ! » ~lais cette sou,·crainelé qu'il reconnaissait à l'immense peuple dos salariés, était soigneusement limitée aux réformes politiques el il de bonnes lois sociales destinées à sam•er la p1'opriél6 des attaques du communisme. La Cour de cassation admit le vice de forme el ren\"Oya Ledru-nollin dcrnnl Ir jury de la Mayenne, qui l'acquilla. llauréau n'ayant pu juridiquement pré senter un moyen 'de cassation, demeura condamn6 ; - et ainsi apparut une fois de plus le vice d'un mécanisme judiciaire, où la forme cmpol'le le fond. Lcélru-nollin alla siéger à la Chambre, où, contre Loule attente, son éloquence ne trouva guère l'occasion de se déployer. Plus exercé à l'emucr des

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