418 JIISTOJ.nE SOCIALISTE Cc drame passionoa la france entière. En prison, Mme Lafarge publia ses mémoires, écrits avec esprit cl d'un style aisé et vif ; le public se les arracha. La 111ajo1·itétait pour clic. La pression de l'opinion sur le pOU\'Oir devait, douze ans après, lui rendre la liberté. Tandis que les préoccupations se tournaient du coté de Mme Lafarge, la Chamb,·e ouvrait un grand débat sur les fortifications de Paris. Le gouvernement présentait un projet comportant une enceinte continue et des forts détaché~, ~oull qui cornrnissuil au moi11!':I les choses de son m~ticr, ne croyait pas à l'utililé de l'enceinte. L'l1isloirc a tragiquement prou\'é, trente ans plus lard, quïl a1ait raison. Il \'inl donc ù la tribune combattre b projet déposé par lui-mè-mc, à ln grande fu1·cur de ~rs collt'guc::;el du roi .. \lais, lancé ,·crtrmcnl le ~oir rnC:·rnpcar le l'Oi. le , irux militaire se tint coi déso1·ma.is, et Guiwl déclara il la ClwmLre qu~ le ministère était unanime à demander l'enceinte continue. L'opinion, mèmc républicaine, n'était pas moins divisèc que le ministère. Emballé par son chau\'inismc organique. le .\'ntional ne I oyait de sécurité pour P.1,is que dans le mur fortifié. D'autres républicains, Cabet en tête, soutenaient a1·cc raison que les forts étaient destinés à défendre Paris, cl l'cnce,nlc ;'1le contenir, à l'cmhastillcr au besoin. Cabet publia de coura geuses brochures : les Ba,tille.<. qui e,asp<'rèrcnt b, gens du 1\ ational. Un de ses rédacteurs le provoqua en duel. ,\pprouvé par les ouniers, qui lui défendirent de jouer sa l'ic en un stupide comhal sin~ulicr, Cabet déclina le cartel el poursui,·it sa campagne. Le National ayant refusé d'insérer une lettre qu'il lui avait adressée, Cabet le poursuilil devant le tribunal, où il vint affirmer hautement sa doctrine communiste, puisée, disait-il, dans les enseignements de Socrate, de Platon cl de Jésus-Christ. Louis Blanc prit parti pour Cabet, et écrivit dans la Revue dt1 Progrés : « Nous devons à 11. Cabet, au nom de la majorité d-o parti démocratique, de solennels remerciements pour le zèle, le courage, l'inébranlable constance qu'il a mis à repousser les Bastilles. " Fait digne de remarque, et qui passa alors inaperçu, ne souleva pas les susceptibilités patriotiques des républicains, pourtant si prompts à s'échauffer, c'est que les fortifications de Paris furent en partie construites par des Allemands. Cela inspira au Charivari une variante des innombrables parodies de la Chanson du Rhin qui couraient alors, cl où il fait chanter à ces braves travailleurs, pressés d'envahir la France pour y gagner leur pain : « Non, ils ne t'auront pas, Rhin ! Rhin ! Rhin ! vin ! vin ! vin , Les fortifications nous appellent, ma truelle frémit d'impatience ; en roule et répétons toujours : Heug ! Ileug ! Ileug ! le cri des braves ! • A la Chambre, malgré les efforts des anciens ministres pour embarraAser le cabinet et le faire tomber, car sous celte discussion patriotique se cachaient h peine d'ardentes compétitions, mises en espoir par l'attitude boudeuse du
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