111::,TOJIŒSOCJ1\LISTE 417 dans ses lellres à ,es ambassadeurs, au roi Léopold cl à .\lcllernich lui-même. Il e,t certain que si Guizot ambassadeur a1ait pu prévoir les c1111uisque ces lettres causeraient à Guizot ministre, il u'eùl pas l,é,ilé à eu donner le prix demandé. Pour les gens que n'intéressaient pas les drames cl les comédies pohtiqucs, une autre affaire, assurément plus tragique, , int ù cc morncnt satisfaire leur curiosité. Le principal personnage en était également une femme. La condamnation qui la frappa constitue encore pour beaucoup une de ces erreurs judiciaires qui soul inhérentes à l'organi:::ation mèrnc de la justice. C'est de l'affaire Lafarge <1uonous ,oulons parler. ~laric Capelle, hé.-oïnc de cc drame, était la lille d'un colonel d'arlillenc. En 1839, alors âgée de , ingl-cinq ans, clic a, ail épousé un maitre de forges nommé Pouch-Lafarge. Celui-ci ne maintenait sa situation commerciale, fort difficile, qu'au mo; en d'expédients Ici. que billets de complaisance souscrits pa,· un homme à ses gages cl renou1elés à l'échéance, el autres moyens peu délicats. li avait naturellement trompé la famille Capelle sur son ,·éritablc étal do fortune, et il arnit enthousiasmé la jeune fille, clonl il conrnilait les cent mille francs de dot, en lui décri1anl le cl,ùlc,rn où elle serait dame cl maitresse, dans un des sites les plus pitlorcsqucs de la Corrèze. Or, le château du Glandicr était une bicoque dans un pays perdu. On se fait une idée du dépaysement do celle jeune Parisienne, habituée à un confortable 1n•c9quc luxueux cl aux relations agréables que p1ocu1·c l'existence mondaine. Sa désillusion fut trop \i,e pour qu'elle pût cacher aux trop rares personnes qu'on \'oyail, son ennui, cl celui qu'y ajoutaient leurs menus bavardages faits de médisance et d'envie. Aussi, mil-elle vile contre elle tout ce qui constituait la bonne société des c111·irons. Son mari eut bientôt recours à elle pour sortir des embarras où il était, chaque jour, plongé plus avant. Elle lui donna sa procuration afin qu'il pùl réaliser, sur sa dol, les fonds nécessaires à un fort paiement. li allait se mcllrc en route lorsqu'il mourut subitement. Sans hésitation, sa famille accusa la jeune femme de l'avoir empoisonné. Sans plus d'hésitation, la justice se saisit d'elle. Devant Je jury de la Corrèze, qui reflétait naturellement les passion~ locales, les experts furent partagés, ce qui est l'ordinaire des expertises judiciaires. Orfila concluait à l'empoisonnement par l'arsenic, Dupuytren niait la présence de l'arsenic dans les viscères du mort. Lachaud, qui défendait madame Lafarge, el dont c'était Je début dans une carrière qui devait être si retentissante, demanda une nouvelle expertise à Raspail, qui la fit, mais arriva trop tard. Le jury avait prononcé une condamnation aux travaux forcés à perpétuité, qui prouvait bien, étant données la peine de mort inscrite dans Je code el la grandeur du crime imputé à l'accusée, qu'il n'était pas dL :out certain de sa culpabilité.
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