Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

410 IIISTOII\E SOCIALISTE juges, monlrn beaucoup d'amertume pour la stupidité, le mol est de lui, des républicains pendant Ioule l'agitation belliqueuse de 1840. « Nous sommes, dit-il dans une lettre à Ackermann, dans un pétrin politique dont tout le.monde scffra;c, cl que le .\'atiollal exploite mcncilleusemcnl. • El s'en prcnnnl à Lamennais, il ajoute : « Il faut au parti un philosophe lei quel, cl rnus pouvez croire que les ab,lraclions robespierrisles de Lamtnnais ,eronl prônées. Trois ou quatre hommes sont à mes yeux les fléaux de la France ; et je souscrirais volontiers une couronne civique à celui qui, par le fer, le feu ou le poison, nous en délivrerait ; ce font Lamennais, Cormenin et A. 1larrasl. J> « Je n'aime pas les apostats, » dira-l-il quelques mois plus lard. Dans son procès, Lamennais a répété ses critiques des Paroles d'un croyant contre les socialistes, qu'il accuse de ~acrifier la liberté de l'homme - à son bien-ètre matériel. « Il n'y a pas jusqu'à ce cagot repenti de Lamennais, s'écrie furieusement Proudhon en janvier, qui, pour se défendre, ne m'ait dénoncé d'une manière indirecte. Je me propose de lui en témoigner incessamment ma reconnaisanee d'une façon qui fera un peu baisser sa gloire. » Lamennais allait à gauche, plus empèlré encore dans sa ·robe de prêtre, depuis qu'il l'avait quittée. Ce petit homme maigre, ardent el concentré, vivait dans le monde des idées et des abstractions, tout à son rêve mystique d'un mariage du christianisme el de la démocratie. Le ton prophétique de ses écrits, son style fulgurant, sa sincérité communicative, son absolutisme, eussent fait de lui un Savonarole dans un siècle de foi. Il réimprimai! le Discours sur la uroitude volontaire, cc Contr'un que la prudente générosité de Montaigne avait attribué à Etienne de la Boétie, tentait un moment de diri!.!cr le journal le .\fonde, publiait dans la /?e, ue des Deux :\tondes srs idées sur les réformes pratiques, où, imprégné de saint-simonisme, il préconisait la multiplication des établis•cmcnts de crédit et l'assnjelli~sement de tous à la loi du travail. 1fais il était mal à l'aise dans ces occupations terre à terre. L'Eglise avait déçu son rè1•e, et la démocr:ilie poursuivait son destin loin des voies qu'il lui traçait en traits apocalyptiques. Il était dépaysé dans le parti auquel il était allé, tout autant que dans l'Eglise au moment où il l'avait quittée, li ne rejoignait la démocratie que dans son idéal supérieur el dans ses critiques au jour le jour du régime de corruption ; a\'ec elle, il accusail le gouvernement de Louis-Philippe de lkh•té à l'extérieur cl dïmpuissance à l'intérieur. Dans son austérité coléricruc, il rendait les saisons elles-mêmes complices de l'abaissement universel, et les bronillards de novembre. lui faisaient écrire : « La boue, c'est Paris. et Paris, c'est la bouc. fi semble, au surplus . qu'on ait fermement résolu de tr·ansformer la France A son image. » Sa condamnation n'ét..1it pour rien dans cet aigri!,l!cmenl. Elle n'abattait pas son espoir, et il voyait. dans l'exrès ,Je, m~I. le signe- du relè•ement

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