Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIHE SOCL\LlSTE 40') crntic renchérissant su,· Joseph de ~laistrc lui-mèmc, était un logicien épris d'absolu. Il avait rêvé pour l'Eglise, la domination universelle : elle ne pouvait la reconquérir qu'en séparant sa cause de celle des rois, en se libérant des liens qui l'allachaient aux divers pou\'Oirs temporels, en allant au peuple. Rome, nou, le ,:nons, s'était effrayée de ces audaces, cl Grégoire~\-!, qui en était il prècher aux Polonais la soumission nu tznr, l'a,·nit désn\'Oué clnns la célèbre encyclique de 1832, qui était une , éritablc déclaration de guerre aux principes de 1789. Lamennais s'était incliné, tout c11faisant des réscn·cs en ces termes. après moir affirmé ~a ::;omni-;sîonau pape. pour loutc~ les t:hO'-C'sdr la foi : (< \la conscience me fait un cl,,,·oir de dt<rlnrcr en même temps que, scion ma ferme persuasion, si, dans l'ordre rclig-icux, le chrétien ne c.nit écouler et obéir, il demeure, ù l'égard de la puissance spirituelle, cntièrcme11t lii,, c d,· ,ü, opinions, de ses paroles cl de ses actes dans l'ordre purement tcmpon·l. » On voulut de lui une soumission plus entière cl mèrnc qu'il ccssùl <l'écrire. L'archC\·êquc de Paris lui avait exprimé ses craintes à propos de l'ou\Tagc qu'il préparait. Il lui répondit : « J'attaque arec force le système ries rois. leur odieux despotisme, parce que le despotisme qui renverse tout droit est maU\ais en soi ... Je me fais donc peuple, je m'identifie à ses souffrances el à ses misères, afin de lui faire comprendre que, s'il n'en peul sortir que par l'établissement d'une véritable liberté, jamais il n'obtiendra celle liberté qu'en se séparant des doctrines anarchiques, qu'en respectant la propriété, le droit d'autrui, et tout ce qui est juste ... Deux choses néanmoins, à mon grand regret, choqueront : l'indignation a, cc laquelle je parle des rois ; la seconde est l'intention que j'allribuc aux somerains, tout en se jouant du christianisme, d'rmployer l'influence de ses ministres pour la faire servir à leurs fins personnelles ... je ne dis pas qu'ils aient réussi clans cet abominable dessein. » Les Paroles d'un Croyant parurent, ret ou, 1·;igc ,,11flam111é <1uifaî ..a. it plt>11 rer d'enthousiasme les typographes chargés de le composer. La démocratie salua de ses acclamations ce prètre qui arrachait le Christ à l'Eglise el le ramenait au milieu du peuple. La classe ouvrière lui fut reconnaissante d'avoir demandé pour elle la liberté d'association el le droit au bien-être par le travail. Le socialisme, alors, se cherchai~ encore, en dehors des minuscules groupes de communistes et de phalanstériens réunis autour de Iluonarolli et de ,Fourier. La légende du Christ, enfant du peuple el démocrate, convenait à la rclig10s1lé nlguc des foules, leur labeur s'en trou,·ait àirinisé, leurs aspiratio11s imprécises vers l'émancipation totale en recevaient un reflet paradisiaque enfin, la démocratie s'appuyait sur une tradition antique cl \'énérable, en 1Mmc temps qu'elle semblait décrétée par le ciel lui-même, par un Dieu fait homme. Proudhon, qui venait de publier son premier Mémoire sur la propriété au moment où le ministre traquait les journaux el trainait Lamennais devant les

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