Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOII\E SOCIALISTE 399 courage à annonc~r les temps de fraternité i11tcrnationa.lc en un moment où tl~ paraissaient plus lointains que jamais. Sous le titre de Réponse à M. Bec/;er, Lamartine publia son chant dans la /levue des Dell:r \11J11des. Roule, libre et superbe entre tes Jarges rlves. Rhin, Nil de l'Occident ! coupe des naUons ! Et des peuples assis qui bol\'ent tes eaux ,·ives Emporte les défts et les ambitions 1 Et J)OUrQuolnous haJr et mettre entre les races Ces bôrnes ou ces eaux qu'abhorre l'œil de Dieu , D<'s frontières au ciel voyons-nous Quelques traces · Sa voOt.e a+elle un mur, une borne, un mtlieu , Nattons ! Nom pompeux -pour <lire barbarie ! L'amour s'ar.rete-t-11oo s'arretent vos pas , L'égoïsme et la haine on\ seuls une pa.trJe, La traternlt6 n'en a pas 1 Ce ne sont plus des mers, des degrês, des rivières, Qui bornent l'héritage entre l'humanité ; Les bornes des esprits sont leurs seules rronuoret, Le monde en s'éclairant s'élève à. l'unité . .lia patrie est partout où. rayonne la France, OCl sa. langue répand ses décrets obéis ! Je suis citoyen de toute âme qui pense : r..a vérité, c'est mon pays. Roule libre et gl'OS!ls tes ondes printanières Pour écumer d'ivresse autour de tes roseaux, Et que les sept couleurs qui teignent tes banlt'!re~, Arc-en-clel de la pal.X, serpentent. dans tes eaux. Cc cri de fraternité internationale, qui ne niait pas les patries, mai, les réconciliait autour du neuve arrosé de trop de sang, fut accueilli arec fureur sur les deux rives. Cependant, en Allemagne, il fui traduit par le poète Freiligrath, par Gubitz el par Spicker. Chez nous, il fut propagé en brochure distribuée i:rratuitement par un groupe d'ouvriers qui appelaient de leurs ,œux cl de leurs efforts le règne de lapai~ cl du travail ». ~lais ce furent l'incompréhension cl l'hostilité qui dominèrent. Edgar Quinet écrivait à sa mère : « Les journaux allemands ont abominablement, indignement traité la Marseillaise de la Paix. » Les journaux français ne furent pas plus équitables. Laissons le C/iarivari. républicain pourtant alors, el fort courageux dans sa lutte contre le régime de Juillet. qui appelle le poète ~l. de la Tartine et public une plate parodie de cc poème admirable. Mais le National, l'organe de la démocratie, comment pouvait-il oser écrire les lignes que voici ? « Traitant de la vie politique en poète, el la poésie en politique, il (Lamartine) ne sera jamais sérieux el il cessera d'être un homme éminent en poésie. Cette décadence, depuis longtemps commencée, se poursuit sous nos yeux par des outrages au bon sen• el des insultes à la grammaire. Cela devait être :

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