Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

308 IIISTOl,RE SOCIALISTE Le roi de Prusse lui oflril le choix entre un présenl de mille thalers cl une pension de lrois cents thalers pcndanl cinq ans. La pension lui eQl permis de tt-1rnincr ses études, iJ la Îtn desquelles une µlace dans la magislruture lui était offerte. Il préféra les mille thalers el une modeste place de grefÎter. Le roi de Davière lui envoya également un présent. Les villes de ~layence et de Carlsruhe en firent aulanl. Le ,,ieux µoète de 1813, /\rndt, lui dédia une poésie. L'enguuemcnt ùura ce que dura la crise. Cinq ans après, Becker, qui était peu robuste el aimail trop le vin clair de sa palrie rhénane, mourail obscur comme il étail né. Les journaux lui donnèrent à ce moment un regain de gloire auquel Jules Janin eut le mauvais goùt, dans son chauvinisme, de mêler s.on coup de ,irnct. Le critique des Débats gardait rancune à son jeune confrère d'a,·oir si bien gardé cette rive gauche du Rhin qu'il avait offert de reprendre à la tete d'un corps d'armée. « Personne, dit il. Thureau-Oangin, ne lisait en France les brochures de combat qui circulaicnl en Allemagne. » Cc n'es! que trop vrai cl l'on cropil en France que les peuples des deux bords du Rhin nous attendaient comme des libérateurs, les uns impatients de redevenir françaia, les autres de se débarrasser de leurs rois et de leurs ducs. Le Chant du Rhin no ful connu en France que par une traduction parue en Belgique, alors que déjà un autre chanl, la Garde au //11ei11 (di<' ll'11d1I r1111 Rh,•i11), nai,sail el se propageait. Son auteur, ~lax Schneckenburgcr, eut une gloire moins bruyante cl plus tardive que Becker. $on lied de,inl chant national, el c'est à ses accents qu'en 18ï0 l'Allemagne se mit en marche contre nous. \\ant m,'me qu'on ne répondit en France au cri l,cllîqueux de Becker, les libéraux de son pays, nous dit M. Gaston Raphael dans un fascicule des Cahiers de la Quinzaine men cillousemenl documenté sur la lilléralure guerrière de ce moment historique, avaient essa) é de réagir contre le courant. Robert Prutz proclama, dans une poésie intitulée le Rhin, que la liberté ferait des Allemands des hommes dignes el capables de conserver le fleuve national.« nougisscz, dil-il à ses compatriotes, de parler aujourd'hui du libre Rhin allemand. Soyez d'abord rnus-mèmes libres cl Allemands. n L'o autre poète, Wilhelm Cornelius, disait également dans la Réponse d11 /!/,in : « 'c me nommez ni « Allemand » ni « libre ! » Rudolph Gottschall n'affüma pas seulement la patrie el la liberté. Il attaqua couragcu--cmc11l les <( Fr.111zozc11frc,~cr » (le::, mangeurs de França.is) et chanta : Ne sol! pu un mu.r Qui !llépare, sols le pont, o Rhin qui conduis les Pt:UPles ltS uns ven les autres \1. (;. Ibphaël croit que cette poésie, où l'auteur cric : « Poinl d'.-\llcmands ! point de Français ! Oubliez les noms I Soyons hommes seulement ! • ful inspirée par la Marseillaisede la paix, par laquelle Lamartine répondit au chant de Becl,er. Il se peul, L'obscur poète allemand n'en montra pas moins du

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