IIISTü111E OCJALISTE 385 C'esl au cours de la discussion qu'ils soutinrenl conlre leurs alliés d'hier devenus ministériels, qu'.\rago prononça son discours sur rorganisalion du travail, donl nous m ons parlé plus haut, et qui avait été au co,ur des ouvriers parisiens. ,\u droit du peuple sou,·erain, Thiers opposa la loi. Il vint affirmer à la tribune que lout droit rient de la loi. Comme la loi elle même csl faite pour les plus forts, c'élait remett,:e aux mains de la force la création du droit, c'était inviter le peuple à user de sa force pour créer son droit el le substituer à celui, des deux cenl mille citoyens qui formaient le pays légal. Or, que faisaient les exclus, ils pétitionnaient. C'était leur droit. ~lais armés de la loi, les deux cent mille ccnsitairés usaient du leur en ne faisanl aucun cas de leurs pétitions. Thiers put railler ensuite les partisans du suffrage unircrsel qui, sur trente millions d'ètres humains, n'cJn admcllaient que le quart au rote. Quoi les homnlcs sculcrncnl ! Pourquoi pns les femmes ? Pourquoi p:is les enfants ? « \"ous excluez, leul' dî$aÎt-il, nu nom de ln r::ti!!ion; nousexcluons, 11ous. au nom de la loi. >) l.a rai--011 JllHffail U\'oucr ses origines. la loi ne le pOU\ ait pn~. ._,1ns démasque,· la force. Carnicr-Pngè-~. au liC'ude rc,nonlcr ù l'origine, pourtant si récente, de la loi in\"Ofluéep~r le ministère, préféra défendre« le <Irait sacré» de ceux qui n'en onl pas d'autre que de se plaind,·c. « Vous ne scri,•2, lui dit-il, si ,ous oubliicl cela. que le gou, crncmrnl de cent quatre \ inr:l mille pcn-onnc:-;. et non pas le gournrnemenl du pays. » .\lier au fond des choses, montrer l'origine ré\"Olutionnairc de la loi dont se réclamait son ach cr~airc, Garnier-Pagès ne le pou,ait qu'en appelant les exclus à faire une ré\"Olution, el c'est ce qu'il ne voulait pas. li se rabattil sur les pratiques du gouvernemenl, le montra en nagranl délil de corruption sur la presse, enlevant à l'opposition des journalistes connus et les envo_Hmt en misio11s grassement rétribuées. On se chuchotait les noms· de Capo de Fruillidc et de (;ra11irr de Cassagnac. ·1 hit•1 ~ répo11dil t~u rejetant sur son collègue de l'l11!:-tn1clion publique. des mC'surC''q- ui. di:-ait il. n':Hairnt aucun rapport aYcc la politique. La Chambre savait à quoi s'en tenir sur ces « voyages d'études ». Aussi de,·ail-clle, au budget sui,ant, rejeter le crédit qui leur avait été affcclé. Elle n'en rnta pas moins pour le mome11l, par des motifs absolument étrangers à ln moralité du mi11i:;lèrc et nH'rnc au désir qu'elle a\'ait de le conserver, le rcJel de toute réforme électorale. L'opposition reçut une nouvelle force de cc refus. Elle se tourna immédiatement vers le pays. La presse libérale des départements lit ~cho /J cell~ de Paris. La garde natio11ale s'émut. A la rerue que le roi passa le lli juin, de nombreux cris de : « \'i,e la Réforme ! » furent poussés par les gardes, et même par les officiers. Des banquets furent organisés, où prirent la parole LaCfitte, Arago, Dupont (de l'Eure), les rédacteurs du National el du Journal du Peuple.
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