Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

360 JIISTOII\E SOCIALISTE trouvé. L'é,·ocation des bal>ouvistes suscita des « exclamations diverses » sur 1,-, bancs de la Chambre. << :\loi, disait l'orateur. j'ai apc,.çu, dans ces solutions si \'anlées, au milieu ,le quelques bonnes idées qui doivent ètre propagées par la parole el par l'action, des choses qui sont contraires à Loule idée sociale, à tous les bons sentiments que la nature à déposés dans le cœur humain ... Je voudrais que la Chambre des députés, par sa composition, par sa marche, par ses actions, ,c substituùl à des empiriques audacieux qui emporteront le malade avec le mal. » Il oubliait que toute science a sa source dans l'empirisme el que les alchimistes ont préparé les , oies de la chimie. Emus par les paroles d'.\rago, les lrarnilleurs parisiens organisèrent une délégation de presque tous les corps de métiers, qui se rendirent le 24 mai ,\ l'Observatoire pour porter nu savant les remerciements de la classe ouvrière. « Qu'ils le sachent bien, nos p1·étendus honnncs d'Etat, lui dit leur porte1,nrole, le peuple n'en est pas aujourd'hui:) douter de l'insuffisance de nos ins- •titulions ... qu'ils le sachent t.icn, le peuple a , u dans un tel déni de justice la pretn-c de leur impuissa11cc radicale, en face d'un mal trop grand, d'une situation trop effrayante. » Arago remercia la délégation. « J'ai été heureux de vous e1\tenclrc placer l'étude au nomurc de ,·os moyens de succès, » dit-il Il promit de persérérer à « défendre a,·ec ardeur et persévérance les intérêts des classes ouvrières ». \lcnlionnant cet incident, \1. Thureau-Dangin constate « l'effet que devait produire sur des esprits ainsi excités la parole d'un député considérable, ,l'un bourgeois illustre, tel que ,\1.. lrago ». Ces esprits excités ont cepcnda'nl 1111nifeslé d'une manière bien calme contre l'injurieuse insouciance de ln Chambré bourgeoise vis-à-vis de leur détresse. ~fais y a-t-il excitation dans la classe ou,-rière, au moment où nous s<>mmes ? Elle a laissé Blanc1ui et Barbès, il y a un an à peine, l'appeler aux barricades cl ne s'e~t pas émue. L'hiver qui, pour les pauvres, ajoute le chômage à ses rigueurs, vient de faire ses ravages. Proudhon écrit en '<Jécembre 1839 qu'il y a i\ Paris « trente mille tailleurs qui ne font rien ; autant, à proportion, des autres étals : on porte à cent cinquante mille le nombre des ouvriers sans ouvrage >L Prou<lhon se demande comment ils l'il'enl. « Voici, dit-il, l'explication de cc phénomène : ce ne sont pas toujours les mômes qui chôment ; mais ils travaillent tour à tour, un jour, deux jours par semaine, sans que cette succession ail d'ailleurs rien de fixe. » On voit que les choses n'ont pas changé depuis soixante-cinq ans sous ce rapport. Quand, faute de commandes, l'employeur veut congérlier une partie de son personnel en ne conservant que les plus anciens, il arrive que ceux-ci lui offrent de partager entre Lous les ouvriers le travail et le salaire qu'il se proposait de leur réserver. C'est ainsi qu'en octobre-novembre_ 1839 agirent

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==