Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

11ISTOI IIE SOCI.\LISTE Le client de ~liche! (de Bourges), malgré la Yéhémenlc défense de celui-ci. fut condamné à cinq ans de prison. Les bonapartistes, tant aidés par les républicains dans la confection 1e la légende napoléonienne, n'avaient pas besoin d.- cclle condamnation pour manifc,ter leurs sentiments hostiles au régime de juillet. Et ces manifestations trouYaicnt fréquemment un écho dans les masse•. C'est ainsi qu'à Reims, un prédicateur de passage, ayant mal parlé do :Sap<>· Jéon en chaire, soulern une véritable émeute populaire et fut poursuivi jusqu·à son logis, dont la police eut beaucoup de peine à empêcher l'envahissement pa, la foule. D'ailleurs, l'impopularité du clergé allait croissante à mesure que s'opérait un rapprochement plu, étroit entre lui el le pou,·oir et, que d'autre part, on voyait, au mépris de la loi <le 183\, se rcfo.rmer les anciennes congrégations religieu,es. C'e~t à cc moment, le 11 décembre. que mourut, ù Clermont-Ferrand, le comte de ~lontlosier, l'implacable adversaire des jésuites, contre lesquels il ayait rédigé en 182G un c,11èbre .li {moireàconsulter. l3ien qu'il les eût dcrnandés,car il était fervent catholique, le clergé, sur l'ordre de l'évêque, lui refusa les derniers sacrements, à moins qu'il ne rétractât ses écrits contre la fameuse compagnie. Car désormais Je jésuitisme et l'Eglise ne font qu·un, ouvertement. Le temps n'est plus où le clergé français se défendait pied à pied contre cette milice qui ne relève que du pape. Les évêques donnent p esque tousl'exempledelasoumission. Celui de Clermont était absolument dans les mains des jésuites. Montlosier ayant refusé de désa,·ouer ses opinions sur des hommes el sur des actes qui n'avaient rien de commun a,·ec les dogmes essentiels de sa croyance, fut donc rejeté vi,·ant de la communion des fidèle,. et rnorl on lui refusa les obsèques religieuses. Ce fait souleva une grosse é,notion, el Je gom·ernement fut forcé de déférer l'évêque de Clermont au Conseil d'Etat pour abus. La platonique condamnation qui le frappa lui valut les félicitations de la plupart des membres de l'épiscopat français. Louis Blanc se scandalise fort de ce refus des sacrements cl de la sépulture religieuse opposé à un bon catholique. La thèse cléricale, cependant, est ju,le en principe. L'église ne considère pas comme fidèles ceux qui acceptent ses dogmes et repoussent sa discipline. Elle forme une association qui lie tous ses membres pour tout ce qu'elle prescrit ou défend, aussi bien que tout pour cc qu'elle enseigne. Il faut accepter tout ou s'en aller. Le temps n'était plus ou l'on pou,·ail obliger les prêtres à porter entre deux exempts les sacrements aux fidèles. A propos d'un cas à peu près semblable, où quelques années aupararnnl un sous-préfet avait d'autorité fait conduire à l'église, malgré le curé, le corps d'un fidèle auquel les secours de la religion avaient été refusés, ce qui fut le cas de l'évêque Grégoire, Lacordaire écrivait dans l'.1Penir: « Or, l'homme qui a bravé tant de Français dans leur religion, qui a traité un lieu où les hommes plient le genou avec plus d'irrévérence qu'il n'en serait permis à l'égard d'une étable, cet homme, i,I est au coin de son feu, tranquilla

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