Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

334 HJSTOII\E SOCI.\LISTE ~f. Thureau-Dangin prétend que c'était rapetisser l'expédition d' Ancône que de la préscntor comme une mesure de police internationale vis-à-vis d'un souwrain incapable de bien administrer ses Etats et de maitriser les mouvements suscités par sa mauvaise administration. ~lais n'était-ce pas là le motif qui avait poussé l'Autriche, en 1831, à envahir les Légations et la France à occuper Ancône? Erncuer Ancône à la suite de l'Autriche évacuant les Légations, c'était affirmer la solidarité de la France el de l'Autriche dans la répression des mouvements libéraux d'Italie contre l'absolutisme politique du pape et de la cour romaine. En même temps que, sous la direction du roi, le comte ~!olé donnait celle marque de déférence à celui que M. Thureau-Dangin appelle, le plus faible et le plus respectable des Etals ,, il ne se gênait pas pour imposer ses volontés à un Étal qui n'était guère plus fort, s'il était infiniment plus respectable. Le prince Louis Bonaparte, revenu d'Amérique, s'était fixé en Suisse, au château d'. \renenberg. Le ministère fran~ais exigea son expulsion : elle lui fut accordée par la gouvernement fédéral. Celle mesure avait été prise par le comte ~!olé à raison de l'agitation bonapartiste renaissante, el dont un·' manifestation venait de conduire son auteur devant la Cour des pairs. Le lieutonant Laily, dans une brochure sur l'échauffourée de Strasbourg, avait fait l'apologie de celto tentative d'insurrection. Il comparut au Luxembourg, assisté de ~liche! (de Bourges), et fut condamné à cinq ans de prison. Celui-ci était-il donc, comme son client, un bonapartiste républicain ? Point. Mais il n'était pas plus rare dans ce temps que dans le nôtre de voir des accusés de l'opposition confier leur défense à un avocat appartenant à une fraction très différente, mais également opposante. C'est ainsi que nous avons vu le royaliste B,•rryer défendre des grévistes, el que nous voyons le républicain socialiste ~liche! (de Bourges) se présenter à la barre à côté du bonapartiste républicain Laity. Socialiste, révolutionnaire même, ~liche! l'a été loul au moins dans la première partie de sa brillante carrière. Ce petit homme grêle, chauve el voûté, d'aspect maladif, semblait ne vi"rc qne par la passion emportée qu'il mettait dans toute chose. Sous l'apparence d'un vieillard, il avait toute la fougue de la jeunesse. George Sand, dans l'Jlistoire <k ma vie, raçonte en ces termes la conclu. tion d'une discussion sur le socialisme, une nuit de fête aux Tuileries. Les deux interlocuteurs sont sur le pont des Saints-Pères, lui pressant el véhément, elle plutôt réfractaire à la doctrine de l'égalité sociale cl de la révolution. « li était monté sur ce dada, dit-elle, qui était véritablement le cheval pâle de la vision. Il était hors de lui : il descendait sur le quai en déclamant, il brisa sa canne sur les murs du vieux Louvre, il poussa des exclamations tellement séditieuses, que je ne comprends pas comment il ne fut ni remarqué, ni entendu, ni ramas,;é par le. police. Il n'y avait que lui au monde qui pût faire de pareilles exrentricités sans paraître fou et sans être ridicule.•

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