Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

3.10 IIISTOI IIE SOCI.\LISTE chemins dc!er par l'Etat.Sa situation d'opposant irréductible lui joua ce mauvais tour. Son intransigeance politique ne lui permcUait pas de confier à un gouvernement détesté, et dont les moyens corrupteurs n'étaient que trop connus, une aussi formidable puissance, un aussi vaste moyen d'innul"ncc. )liche! Chevalier a prononcé le mot juste <Jnc<'It,• uffairc, lorsqu'il dit que la science IUL « :,ophistiquéc par la passion 1i: il hlâmc le savant, cnfonré dans« l'Oj)· position systématique », d'avoir eu « la faiblesse de prêter l'autoril,' de son nom à ce complot ourdi contre les chemins de fer,. Arago ne réfuta aucun des arguments capitaux de ,\lartin (du ;>;ord),quisub,istent aujourd'hui avcr autant de force, sinon plus qu'au moment où il les expo'a devant la Chambre d,, 18:lK Oui, 'il avait raison de dire que,« dans un grand t,•r· ritoire comme la France, il faut que les grandes distances puissent être parcourues à bon marché sous peine de rester infranchissables, sous peine d'isoler les un,·, des autres les diverses régions dont le royaume se compose, sous peine d'arrêter les échanges et les relations qui doivent élever notre pays à un si haut degré de prospérité ,. Au moment où le ministre prononçait ces paroles, le nombre annuel des voyageurs, en France, ne s'élevait guère au-dessus de deux millions (statistique de 1830). En 1865, on en devait compter, grâce aux chemins de fer, près de quatre vingt-cinq millions .. \ujourd'hui, le chiffre de trois cent quatre-vingt-dix millions de voyageurs est dépassé. Il fallait que les tarifs fussent, non seulement faibles, mais encore modifiables, car c'était à ces conditions que 1·s chemins de fer rendraient au commerce et à l'industrie les scrdces qu'ils en attendaient. Or, disait fort justement le ministre, • romment celle double condition serait-clic remplie si les grandes lignes d'eau cl de fer ne restaic11l pas une propriété publique, si l'Etat en aliénait la disposition pour un temps plus ou moins long? • En outre, ~lartin (du :--ord) im·oquait l'impossibilité pour les gens d'affaires de r(•afowrIl':;t~normrsrapilaux: nt'.•c•C:-i._:l.Îri 1S à. des éntrepriscs aussi étendues. JI laissait, ,l'ailleur., ,\ !"industrie pri,·ée les lignes secondaires et les ,lignes d'embranchement, qui étaient des opérations it la mesure de ses forces réelles. Mais le capital voulait tout. Les députés à sa dévotion furent donc insensibles à la voix du ministre qui leur disait: « Sans doute, on engage l'affaire ; on l'élève sur des bases qui doivent un jour s'écrouler. On crée, on émet, on jette dans le public des actions qui, même dans les comnwncemcnts, se négocient avec succès, mais qui ne tard,mt pas à tomber clans un discrédit complet. • Insensibles, les députés à qui s'adressait cet avertissement, ou plutôt celle prophétie à brève échéance ? Non pas. Les chemins de fer étaient une mat.ière à spéculation, et voilà qu'on voulait arracher ce magnifique enjeu aux •~ulateurs, contraindre la Bourse à limiter ses opérations à la rente el à la maigrecentaine de valeurs alors admises à la cote: Invoquer 11n tel argumen\ sur les repri-

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