300 IIISTOJnE SOCfALISTE dr la France• pour préparer le régime de« l'harmonie simple», qui doit préparer celui de l'llarmonie uni,·ersellc. JI offre de• ménager» à Bonaparte, qui vient de fairr Brumaire, « l'honneur de tirer le genre humain du chaos social, d'être fondateur de l'harmonie e\ libérateur du globe, honneur dont les avantages ne seront pas médiocres, el seront transmis à perpétuité aux descendants du fondateur. • Dans un autre article que publie peu après le même journal, il annonce en ces lerml's dC>pourvus de modcsliC'sa découverte capitale:,, Je suis inYcnleur du calcul mathématique des destinées, calcul sur lequel :'\ewton avait la main et qu'il n'a pas même cntrc,·11; il a déterminé les lois de l'attraction matérielle, el moi celles de l'attraction passionnée, dont nul homme avant moi n'avait abordé la théorie. • Ces articles passèrent au milieu de l'inattention à peu près générale. Seul le Journal de Lyon, où Fourier avait publié des satires et des pastorales deux ou trois ans auparavant, les salua de quelques railleries qu'il releva en alléguant l'incompétence de ses contradicteurs et leur ignorance d'une doctrine que ses articles, d'ailleurs touffus et désordonnés, n'étaient pas faits pour dissiper. En 1808, Fourier publiait la Théorie des quatre mouvements. Dans cc premier grand ouvrage. il développait les idées exposées dans ses articles du Bulletin de Lyon. Pour préparer les esprits à la grande découverte qu'il croyaiL avoir faite en appliquant au mouvemenL social la loi newtonienne de l'attraction, il s'écriait, dans l'introduction: • L'invention annoncée étant plus importante à elle seule que tous les Ira· vaux scientifiques faits depuis l'existence du genre humain, un seul débat doiL occuper dès à présent les civilisés; c'est de s'assurer si j'ai véritablement décou,·crt la théorie des quatre mouvements: car, dans le cas d'affirmative, il faut jeter au feu toutes les théories politiques, morales et économiques, et se préparer à l'éYénement le plus étonnant, le plus fortuné qui puisse avoir lieu sur cc globe et dans tous les globes, au passage subit du clwos social à r If armonic universelle. >• Voilà son premier instrument forgé. Fourier se faiLune règle du• doute absolu »,de• l'écart absolu». Toul ce que les sciences morales eLla philosophie ont produiL est nul et non avenu pour lui. JI fait table rase de la pensée antérieure et manifeste à chaque page de ses lh·rcs son mépris • des divins Platon, Caton et Raton». La fausse science des philosophes el des écrivains politiques a détourné l'humanité de ses véritables voies. Fourier, par sa découverte, l'y ramène.« Moi seul, dit-il, j'aurai confondu vingt siècles d'imbécillité poliLiquc, et c'est à moi seul quo les générations présentes cl futures devront l'initiative de leur immense bonheur». Fourier ignorait le Code de la nature, de 1forelly. qu'on attribuait alors encore à Diderot; car tous ceux qu'il considérait comme ses précurseurs, il se fit un devoir de les nommer. Aussi pouvait-il écrire en toute sincérité.« Avant moi, l'Humanité a perdu plusieurs mille ans à lutter follement contre la nature; moi, le premier, j'ai fléchi devant elle en étudiant l'attraction, organe de ses décrets.» C'est pourtant la pensée des philosophes français du xvuI' siècle qu'il exprimait.
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