Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

TROISIÈ~Œ PARTIE L'ÉQUILIBHE Il\STABLE C Il A P I T R E P R E ~I I E R LA Ql!ADRVPLF. ALLIANCE. Thiers président du Conseil, ses antécédents 15cheux. - Le duel d'Armand Carrel el d'Emile de Girardin. - La Société des Familles: condamna lion de Dlanqui, Barbès et Martin.Bernard. - La guerre carliste el ses atrocités. - Louis-Philippe refuse d'intervenir et remplace Thiers par le comte Molé. - La neutralité suisse et l'affaire Conseil. - Louis Bonaparte se rait la main à Strasbourg. - Jlort de Charles X. Voilà donc Thiers président du Conseil, c'est-à-dire aussi maitre du pou• voir qu'il peut l'être avec un Exécutir aussi personnel que Louis-Philippe. Il ,·a, en tout cas, jouir de la responsabilité ronstitutionnelle, opposer ses intrigues aux volontés du roi, jouer son jeu avec des cartes maîtresses sur le tapis de la grande politique, satistairc son immense besoin d'activité étendue à toutes les parties de l'administration, enseigner la stratégie aux compagnons de Napoléon et traiter de pair a,·ec McUcrnich. Bdle rortune pour le petit journaliste à qui Louis-Philippe n'avait d'abord donné qu'un sous-secrétariat d'Etat en échange du trône orrert dans le premier embarras de la victoire. li est nai que Thiers orrrit alors cc qu'il n'avait pas: il n'en avait pas moins tra,·aillé activement à faire de son orrrc une réalité. Mais il avait d'autres titres, sinon à une récompense que, dans leur ingratitude organique, les princes ne se croient pas tenus d'accorder à qui les a servis, du moins à porter le poids des afraires publiques et il en recueillir le profit. Sa rnleur personnelle, une activité extraordinaire dont il a donné des preuves jusqu'à l'âge le plus avancé, suffisent à expliquer sa fortune. Né du peuple, il se tourna contre le peuple, sitôt qu'il se fut frotté au pou• voir, et s'il eut une doctrine, ce fut celle-là: laisser le peuple en minorité politique et sociale. Son libéralisme ondoyant, qui reculera jusqu'à la rue de Poitiers et à la loi Falloux pour s'avancer finalement jusqu'à la République conservatrice, n'est autre chose pour lui qu'un instrument. Etroitement positif, il suit le progrès de son siècle en se donnant les apparences de le diriger : il est sur la maohine, mais ce qu'il tient à la main, ce n'est pa1 la manette qui donne l'impulsion, c'est

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