Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

280 IIISTOIRE SOCIALISTE • Ms mesures qui seulos nous semblent propres à la rassurer et à mettre hors de péril la personne du roi cl la ronstilulion de l'État•· L'histoire proteste à chacune de ses pages contre celle thèse monstrueuse qui consiste à chercher l'ordre dans la suppression des libertés publiques, et à lier à celles-ci la fatalité des attcnlals politi,1ues. 11n'y a nulle liberté politique en Russie, et c'est précisément pour cela que ll>sallentnls politiques y sont plus fréquents qu'ailleurs. La politique de réaction M Louis-Philippe rn s'accentuer: les complots el les allcnlals se multiplieront dans lo mêmemC'surc,ainsi que nous le verrons dans lnsuite de cc récit. La Chambre, toute à l'impulsion arluclle, incapable de résister à la volonté du .:ouveraemenl, ,·ota d'enthousiasme les lois de septembre. Elles ont suggéré à Louis-lllanc des rénexions qui sont bien d'un disciple docile de Housseau. Dans sa passion de démocrate unitaire rêvant d'une société qui épurera les mœurs cl d(lcré• tera la morale prh·éc el publique, il s'indigne contre le caractère unilatéral Ms lois de septembre. • On avait d('<'r,•l•'en France l'anarchie des cultes, dit-il, cl l'on y déclarait factieuse la lullc pacifique des sysli-mcs. Il n'était plus permis de se dire ré•publicain là où il l'était de se dire athée! Discuter Dieu restait un droit; discuter le roi dc,·enail un crime.• Parlant de la censure, il déclare que• dans un pays où le gouYcrncmenl serait digne de cc nom, l'f:lat ne saurait renoncer à la direction morale de la société par le théiHre, sans abdiquer.» Et il reproche aux ministres du JI octobre de n'avoir pM eu• pour but la réalisation d'une aussi noble pensée• que la moralisation publique. Celle opinion,dircctemcnl inspirée de Hoi>espicrrccl surtout de Jean-Jacques, suscita des polémiques cl brouilla le jeune républicain avec quelques-uns de ses amis. A l'ou,·erlurc de la session, de 18.36,le 11,janvier, llumann déposait un projet de conversion du 5° 0 joint au bud!!CLpour JS3ï. La mesure était cxccllcnlc en soi, mais le ministre des finances avait négligé de prendre l'avis de ses collègues du ministère, qui lui adressèrent le lendemain, en séance du conseil, les plus vifs reproches. Louis-Philippe rut accusé d'a,·oir poussé llumann pour se débarrasser du duc de Broglie. ~I. Thureau-Dangin défend très faililemcnl de cc reproche le monarque qui Yil tomber son rabinct "sans faireefrorl, dit-il, ni pour Jemain(cnir,ni pour loretenir. 1) Entre temps, les accusés de Lunédllc étaient frappés. Le 27 décembre, le sous-officier Thomas fut condamné à la déportation, le, autres à cinq ans cl trois ans de prison cl ù la surveillance. Le 28 décembre, c'était le tour des accusés de Saint-f:ticnnc, Grenoble, ~larscillc, Arbois cl Besançon. ~lare Caussidièro ~lait condamné à vingt ans de délcnlion. Le 23 jan,·icr 1836, c'était le tour des Pari• siens: Beaumont et Kcrsausic étaient déportés. Cavaignac, Ocrrycr-Fonlainc, \'ignerle, Lebon, Guinard, Dclcntc, de Ludrc, Armand Marrast, contumaces, étaient également condamnés à la déportation. :'\ul ncquillemcnL ne fut naturellement prononcé, pas plus en faveur de ceux qui a,·aicnl accepté le procès qu'en faveur des autres. Thiers avait cru en finir avec le parti républic~n. La propagande et l'action n'allaient pas larder ù lui prouver que nulle force ne pouvait réprimer l'iné,·iloble développement de la démocratie cl du socialisme.

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