Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

Il ISTOI HE SOCl.\LISTE le rrC'in.El quand une bou,;culaùc parl('mcntairc ou une inlriguc de cour l'en ont fait dcsrcndrr, sïl pousse Ja machine cn aYanl, c'est pour la faire dérailler et non os3nc<'r. .\u moment où il prend Je pouYoir, rirn ne reste plu:-s du rl'dnclcur du .Yational de 1830 cl de l'auteur de I' 1/istoire de la f/é.,olutùm: il ne ,·este plus qu'un conservateur effrayé de son pé•ché dC' jcun'('SSc. Car il a aYouf', dans<'<' li,-rr, son admiration pour la Convention, excusé ci expli~ué la Teri·eur. li s'est même _Oallé d'a,·oir Je premier pari(>en détail, dans l'hi~toirr•, t( des emprunts, dL·scon• tributions et du papiC"r-rnonnaic n et donné le (< prix du pain, du sanm rt de la chandelle 11. C('S mérites, cl ils ne sont pas minces, cl il avait lieu d'en êtrr f1cr, il va les d(•:,;avouC'r dans sa deuxième l•dilion. 11 Yicnt, d1enln'r à l',\radl•mic française. Parloul oll le mol(< pcuplr » f'ignrc dans son récit, des incidents tumullucux d(\ la R(•Yolulion, il le 1·(•mpla('Cp'ar cf'lui de (( populace », beaucoup plus aradémiqur. Le pas est saulé: l1hom111e n'<·sL plus, <Jui écri\'ail en 1830 du cabinet Poli:::nac: « Il faut enfermer le ministère dans la Charte comme Ugolin dans sa lour ,,. c·<'sl ù pn;:;cnt l'homme clc la poigne qui ne menace du u mouvrmcnt 11 que lo~rp1C', rcn,·<'t'Sédu pouvoir, il a~pirc ù diriger la « rl•sistancc )). ;\ous l'avons vu en 1832. alors que l'entourage de Louis-Philippe h,sitait devant, l'émoule. remonter les courogrs, harangut'r la garde nationalr, organiser la défense, présidrr à la distribution des cartouches. Les sinistres Yictoirrs de Saint-~lcrri el de Transnonain lui appartiennent : grâce it elles, le roi a fait fléchir les dernières rr5blanCf'S des ronscrYalcurs ù sa quasi-légitimité. Ce qui lui appartient aussi, c'est le moyen de police et de corruption qui, le soulè\·ément de Yendée terminé, lui a liné la duchesse de lkrri fugitive. Il se 1·end bien compte du p('u d'C'stim<' qu'on a pour lui, mair; il sait r~ que vaut rt:-slimf' de ton, ce monde qui a be-Joinde lui pour J,..s besognes où 1'ahsC'nro de scrupulr.s c-~t de nécessité professionnelle. Par,·enu an premier rang, il t,,cha de se laver des tarc-s policières contractées dans ses fonctions de ministre de l'Jntèri{'ur. (c Je nè veux pas, dit•il, être le Fourbé de ce régime. • )Jais il a,·ait ,lu sang de Fouché dans les ,·eir.cs. L'affaireConseil, dont il laissa l'embarras à son successeur, devait montrer qu'il ne saurait résister au plaisir de ti·nnsporter sur le terrain diplomr..tique ses louches moyens de police. « Parvenu de la veille, dit .\1. Thurcau-Dan~in awc un joli dédain aristocratique, cette besogne policière amusait sa curiosité, sans exciter chez lui les répugnances qu'eût ressenties un homme d'éducation plus achevée et plus délicate ». L'historien de la monarchie de Juillet est peu tendre pour Thiers, tout en rendant justice à• l'art merveilleux par lequel il devait charmer tant de générations successives, sans jamais les fatiguer ni se fatiguer lui-même. • Tout en lcnanl compte de sa rancune contre celui qu'avec tout le monde il appelle encore• !\'lonsieOI'Tlùers •• - car si Thiers fut avec les conservateurs de 18..:;() il fui contre

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