232 11ISTOJ RE SOCIALISTE louscs l'une de l'autre i, et. se nuisant réciproquement.«On le sait, dit-il, les maitres qui occupent des dévorants leur disent parfois: Si vous no faites pas les travaux que je ,·ous propose de telle sorle et à tol.fecondition, je vais vous renvoyer clemon atelier et prendre de vos rivaux. Et ceux-lù, effrayés des menaces dès maitres, se regardent en frissonnant et rèdcnt i, leurs coupables exigences. Les maitres qui occupent des gavots usent du même procédé et obtiennent les mêmes concessions. » Parfois, cependant, cette manœuno du maitre réveille la solidarité ouvrière. Ecoutons encore Perdiguier.« Si, dit-il, un maitre est trop brutal cl trop exigeant · envers les ouvriers, la sociélé qui le servait cesse de lui en donner; il s'adresse alors à une autre société; mais s'il ne corrige pas ses manières, il perd encore ses ouvrÜ!rs. Quand un maitre cherche ù diminuer toujours le salaire des ouvriers, les socil'lés s'en alarment, car le mal est contagiot1x. Alors clics s'entendent et mollent sa bot1tiquc en interdit pour un nombre d'années ou pour Loujours.» . \insi diYisés,rarement réunis contre les maitres qui abusaient à 1'cxci-sde leur rirnlilé, les compagnons qui s'entêtaient dans la division hiérarchiquce créée jadis à l'imitation de la société du moyen âge dc\'aicnt provoquer un sur~aut de la di• gnilé humaine chez les ouniers imbus de l'esprit nouveau. Cette révolte, qui commença la rénoYation des compagnonnages, ou plulôl leur transformation insensible en syndicats égalitaires, se produisit à la \"Cillemême de la r,i\·olulion qui rappelait les droits de l'homme abolis par la gloire militaire du Consulat et <lel'Empire et par le retour agressif de féodalitô et do religion d'f:tat qui marqua la Reslauralion. M. G. Simon raconte ainsi cette révollc, significative par son caractère autant que par le moment où elle se produit: « En 1830, au moment de l'expédition d'Alger, il y eut à Toulon une grande affluenced'ouvriers,si bien que la maison de la mèredes gavols ménuisierset.serru• riers, se trouvant pleine, cette dame alla prier plusieurs compagnons, donl la chambre élait en partie libre, de vouloir bien y recevoir quelques aspirants qu'elle ne savait où loger. Les compagnons prirent fort mal la chose, prétendant qu'une pareille proposition élail humiliante pour eux cl contraire à Jeurs prérogatives; ils se montrèrent extrêmement blessés, s'arrangèrent pour quitter sur-le-champ la maison, ordonnant en même temps aux aspirants, qu'on.avait voulu obliger aux dépens de leurs prétendus droits, de sortir avec eux et d'abandonner la mère. « Les aspirants refusèrent pércmploircmcnt de se soumettre à cet ordre arbitraire. Insistance des compagnons, refus réitéré des aspirants, exaspération des esprits et finalement rupture complète. La mesure était comble pour les aspirants: ralliés par une même passion, par de communs griefs, ils s'entendirent pot1rcréer la Sociétéder Union, dans laquelle ne tardèrent pas à se fondre toutes les polîtes sociétés dissidentes formées précédemment par d'autres aspirants. « Les fondateurs de l'Union, enfants de leur siècle, et non du moyen âge, se tinrent à la hauteur de leur tâche ...; en accomplissant les mêmes devoirs, en rem• plissant les mêmes obligalions,.lcs ouvriers, quelle que fût leur profession, acqué-
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