Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

218 111/'.TOIRE SOCIALISTE prit se sou111t'ltrade moins en moins. Le monde du travail se dé\•eloppcra sur un statut d'association et d'égalité; c'est là son irrésistible tendance, où les faits s,·,·ondent sa rnlonlé. Mais celle \"Olonlé collective sera un accord harmonique de volont(>sautonomes acquise~ ù l'évidence, sans aucune influence mystique ou politique qui lej!contraigne à se fondre, à s'abolir, dans une unité qui deviendra do plus en plus impo,.ible à mesure que chacun voudra penser par lui-même et se 1l1ilc•rminf'rf'n conno.i<i.Sance d(' rause. Pour rn re,·enir à notre objel, disons que les atlenlals politiques sonl en raison inverse de l'éducation ci, ique des peuples el par conséquent de leur pratique d.- la libcrlt'.•.l.a prt>uve, c'est que tout attentat contre les hommes qui incarnent l'auloritr est suivi d'un attentat contre la liberté. Les juger ainsi, ce n'est pas condamner les actes dr i:ucrre que sont les attentats politiques. Dans certains pays, sous certains régimes, ils sont aussi néc~sa.ires, c'est-à-dire rendus inévitables, <1ue tout autre ph(•nomène naturel. ~lais, si jusqu'à présent ils ont pu modifier l'ordrt>de succession au trône ou y installer prématurément l'héritier légal, on ne mit pas qu'ils aient encore rt>m·ersé un seul régime. L'attentat politique est un champignon qui croit ,Jans la crypte des régimes d'ombre el de silence, une réplique à leur cruauté. li Mpfril el meurt au soleil de la liberté, qui mûrit des fruits de Yic. La réaction ne manqua pas au rendez-vous que lui avait donné le coup de pislol<•td'un exalté. Celui-ci avait disparu. Deux agents de police qui s'étaient laufih<s dans la soeiMé des Droits de l'llomme dénoncèrent comme l'auteur de l'attentat un jeune homme cl,, vingt cl un ans, nommé Bergeron, qui nia, produisit des témoins qui impressionnèrent p1•ut-êlre moins le jury que les témoins suspects amenés par l'accusation. Bcri:cron fut acquitté. ~lais la ,oeiélé des .\mis n,, le fut pas, clic. Le ministère voulait en finir aYcc la lihrrlé dr fait dont les associations avaient bénéficié depuis les Journées dcJuillcl. Ca,·aignac. Tr(•lal, llaspail cl leurs amis comparurent donc de nouveau devant la ,our ù"assis, ,. non plus pour répondre de délits personnels commis par la parolr. 11l1 par la plurnr,mai~pour avoir formé, en conlravenlion de l'o.rticlo291, une n~:-.o- ,·iation cl<• plus de vini:l personnes. Les associés furcnlacquiU(·s par le jury, cl l'as- ~0<'1ation ◄ ·mulamnét- par la cour à se dii;.~oudre. En même temps, les jou,naux el les caricatures étaient poursuh·is ù outrance. !.a Tribune cul sa belle part dans ces poursuites et lorsque, le 12 mai suivant, elle dut ccs.-,,r de paraitre, après quatre années d'existence, c'est-à-dire de lutte, elle avait ü sou actif cent onze saisies et poursuites cl vingt cl une condamnations, donnant au total 157 630 francs d'amende cl quarante-neuf ans de prison. Comme quoi loul hl relatif: Henri Heine, qui fréquente beaucoup les sociét.N n•publicaincs à cello ,•poque, trouve qu'il est « comique de voir ces gens crier à l'hpprcssion pendant qu'on leur permet de se fédérer ouvertement contre le gouvernement cl dr dire des choses dont la dixième partie suffirait, en Allemagne, pour !aire condamner un homme à une enquête perpétuelle •· Cee parolee BOn\ encore vrai,·• aujourd'hui, plus vraies qu'il y a soixante-quiJll8 8118, la diatanoe

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