Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

11ISTOIHE SOCI.\LISTE mina en rendant solcnnellemrnt hommage à Saint-Simon. son mailrr. On sait quo drpuis quelques mois il était séparé de l'association. Léon Simon, ,·on,r'I de )lithcl Cheva!ier, s'attacha à faire ressortir cc qui distinguait I<' S;_tint-i;irno.n.1.i11P <lupanthl•ignu~. Quant il Michel Chevalier, après a,·oir discuté pird il pied l'al'rusation. il releva le reproche adressé aux saint-simoniens'd'avoir suspendu un néoph,IP dr >CS fonctions pour ne s'être pas mêlé au peuple pendant l'insurrection. En réalit,<, t·(\ nl•ophytc avait reçu la mission d'aller porter aux insurh'(ls 1c une-parole dt> 1·011eilialion et d'apaisement »; il s'était dérobé à ce de,·oir eL on l'avait {•e..irlé pour un temps de la communauté des fidèles. Lanù,ert s'empara très heureusement d'une phrase maladroite de l'a,·ocat général, qui, parlant des prévenus, avait dit:« Ces hommes sont des hommes de troubles, de destruction, de bouleversement ! Et vous, messieurs les jurés, qui êtes ici les représentants de la société menacée, vous voulez la conservation de rrt ordre social qu'ils attaquent si audacieusement! Oui, que cet ordre soit bon oi. mauvais, vous êtes appelés à le soutenir.» C'était une invite aux jurés qui pouvaient être carlistes ou républicains à s'unir aux partisans du gouvernement pour la répression de ces hommes qui annnnçaient un ordre nouveau qui n'était ni la légitimité, ni le juste milieu. ni la république. Lambert y vit, c'était son droit, un a,·eu des vices de l'ordre social et ,'ée,-ia: • L:n homme qui parle ainsi a déclaré son incompétence politique.• Duveyrier et Barrault tracèrent ensuite un éloquent tableau de la société, de la famille, du mariage, flétrirent« le règne l1ideux de l'adultçre et do la proslitulion ,\. Lr lendemain, la parole fut donnée au Père Enfantin. Son discom-s, entrecoupé J,- longs silences prolongés pendant lesquels il regardait l'un après l'autre 1,-smembres de la cour et les jurés, puis contemplait longuement les membres de la famille, impatienta. On ne comprit pas qu'il voulait exercer la puissance magnéti,1ue d,• son regard. Il entreprit de démontrer qu'il réunissait en lui la beauté, la bonté et la sagesse. Et toujours son regard appuyé sur ses juges tentait ùe 1,,ur nnposcr celte conviction. Avant le prononcé de la sentence, il rappela à la 1·,1ur ,,ue • tout jugement a pour but d'élever et de moraliser le coupable ». C'est cc qu'il avait tenté de faire dans son« jugement• sur l'avocat général. Lrs audilcurs avaienl atlcndu dl's l'équisitoirl's, ils \·cnaient d'cnlcndrc des '-l'l'llHHl.S ('t des conférences. Le jury exprimn four sentiment, lui :;i bénin au\. aP• ,·u,,, politiques, ••t déchll'n coupables d'association illicite et d'outrag,• il la morale publiqm• Enfunlin Pt ses coaccusés. En t·on:;l'quC'ncc, la ( our condamna Enfantin, Duveyrier et ~[ichel Ch(.'Yalier à un an de pri-:;on, llotkigues cl üar4 raolt à t•inquanle francs d'amende, et pronoru;ala dis--olutiondCl'a ~o••i~t,; Cc fut le signal de la dispel'l!ion.Quelques-uns d'entre eux entr,•prirrnt d'aller en Orient chercher la )(ère, cellequi <levaitcompléter le couple-prêtre; ilsfurent bien accueillis presque partout où ilss'arrêtèrent. A Lyon, où Félicien David donna

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