Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

202 IIISTOIHE SOCIALISTE jcnn(' homml'. qui lui appartient par les liens du sang-,s'rsl jeté avC'C enthousiasme dtrnsla noun)llt' sc•tlr t'l quïl fait de grands sacrifices pour la soutenir.)\ \ ,·etl~• allt•gation, les sainl•~imoniens rPpondircnl en déclarant que le jeune LasbonlPs leur aYait. en effet, donné son héritage.• )lais cel hé,•itagc, quelle que fül la 11:.iturr drs Cbp{•ranrP:-:i de C" jeune hommf\ était(< un fait éventuel 1,, di- ~Jicnl-ib. C'est(<un phi>nomi-nc à gr.mde distance, qui n'a pas de valrur, relativement ..'i ccllr <1urpeul aYoir pour nous en ccmontent sa conversion... Le fils de Rothsdllld <'Oll\·(rli rl dêsht'rit1.n•wdrait mieux pour nous»pourenseiguemenl du public • que le fil, .. e Rothschild saint-simonien honteux, attendant pour se déclarer la mort de• père et 111(',•c)). Et pour indiquer fortement qu'ils ne couraient pas les héritages. ib 3.joulairnl: (1 l.rs C':-.pl•ranrnbe sont pas notre- fait, c'est du présent rn hommC's, en Lravaux. f'll rirhe~~cs,qu'il nous faul. » ~lais le présl'nt se dérobait. Le départ de Rodrigues cl son manifeste avaient fait a,·ortrr J't,mprunt, et le motn·ement généreux de Louvot-Demartinécourt n'avait pas trouni beaucoup d'imitateurs. Le 20 avril 1832, le Globe cessait de parnilre. L'ère de la propagande était close, disaient les saint-simoniens. Celle de l'action allait commencer, affirmaient-ils.« Allons au peuple! » s'écriait Barraul~, dont l'ardente foi entretenait les illusions. En rfalilé, la doctrine contractait ses fidèles en une union plus étroite, tomme un perfide instinct groupe les moulons, dans la tempête des montagnes, sous l'avalanche qui va les engloutir tous li fut décidé que les saint-simoniens mèneraient publiquement, e11 communauté, la vie religieuse et sociale qu'ils apportaient à l'humanité.Leur exemple aurait une bien plus grande force de propagande que la prédication. Le 6 juillet, tandis que le canon de Saint-Merri grondait, quarante d'entre eux s'installaient à Ménilmontant dans une maison à laquelle allenail un jardin. Pour fonder une société, ils ne trouvaient rien de mieux que de fonder un couvent, où la méditation alternait avec le travail manuel. La ressemblance était complétée par une prise d'habit, cérémonie qui fut accomplie en grande solennité, Cc vêlement symbolique se composait d'un habit bleu clair, d'un gilet blanc, sur lequel était tracé en lettres rouges le nom de celui qui le portail, el d'un pantalon blanc. Le gilet se boulonnait par derrière, en sorte que nul ne pouvait s'habiller sans le secours d'un autre el sans recevoir ainsi une leçon de solidarité, Au moment où le Père achevait d~ s'habiller, un pavillon aux couleurs rouge, blanche el violcUe horizontalement disposées fut hissé au mât placé sur la terrasse. Enfantin reçut les vœux solennels que prononçait chacun de ses « enfants•, cl par des impositions el al louchements de mains leur donna les trois signes de la« paternité», du« patronage• et de la« fraternité». Quelques-uns ne se sentaient pas prêts à prononcer les vœux el refusaient. Relourel accepta en ces termes: • Père, je vous ai dit un jour que je voyais en vous la majesté d'un empereur, el pas a~sezpour ma faiblesse la bonté d'un messie. Vous m'apparaissiez formidable. Aujourd'hui j'ai senti profondément loul cc qu'il y a do tendresse el de douceur en vous : Pèrf', jf' suis prêl. »

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==