René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HlSTOlllE SOCIALISTE 55 / Les Anglais, apprenant la victoire des Français, se retirrrenl, et Nap>léon occupa les Quatr~-Bras abandonnés. Wellington s'arrête au )!ont-Saint-Jean el campe. l'(apoléon le suit. li laisse ~on aile droite, avec Grouchy, pour surveiller la retraite des Prussiens; il se rallie à :"iey, il s'arrête devant l'armée anglaise. Son plan est fait : Grouchy empêchera la jonction des débris de l'armée prussienne avec !"armée anglaise. El comme crlle-ci a commis la faute suprême de s'adosser à une forêt, la for~Lde Soignes, el de se couper la retraite, elle va périr. La journée du 18 juin eut une aube triste cl morne. La pluie, cl"un ciel inlarissaùle, tombait sur l'atmée, noyait les routes, rendait tellement impossible la marche que c·est seulement à onze heures clu malin que les dispositions purent être prises. Alors la bataille commença : l'aile gauche cles Anglais fut abordée par lleille, qui la voulait rejeter sur le centre. ~lais à peine la bataille était-elle engagée qu'un point noir se mon Ira à l'horizon : c'était Bulow, parti de Worms le malin, qui arrivait avec 30 000 homme~, et que Lobau dut arrêter, pendant une grande partie du jour, avec lOOOO hommes. Dès le début du combat, 72000 Fr,,nçais se heurtaient à 70000 Anglais. Mainleu,u1t !"armée ennemie élail monlée ü 100 000 hommes. Napoléon, malade, courbé sur celle cuve formidable où bouillonnaient toutes les haines èes peuples, compril qu'il lui fallait Grouchy. Soult, par rnn ordre, envoie un premier courrier, puis un seconrl, puis d'autres : les uns chargés de commissions verbales, deux autres de courts et éner;iques bil-lels. Inepte incurie ùu nouveau major général I C'est à un officier unique qu'il confie l'ordre capital, à un officier qui peul mourir, ètre arrêté, tomber de cheval, se tromper de roule. Où élail le prince de Neufchâtel, si prompt à saisir la pensée de l'empereur, el qui mellail en selle dix courrier, pour un ordre? La bataille continue, sombre, féroce, barbare, se dessinant cle plus en plus à J'avantage de Napoléon. Cependant, si !"aile droite anglaise est emportée, à_ la Haie-Sainte, au )!ont-Saint-Jean, une barrière de fer et de feu arrête les plus impétueux élans. Xey se précipite, emporte enfin le plateau. Mais il s'en:vre de sa victoire. Maitre du ternin, il le couvre de la cavalerie. Celle-ci rnbre tout, artillerie, cavalerie, fantassins épars, mais cependant ne brise pas les carrés. Napoléon ne peut voir sans pâlir celle orgie de sang, orgie innlile où une bravoure incontestée s'affirmait, où s'épuisail l'âme de l'armée ... C"étaienl ses réserves qui, avant l'heure, se levaient pour comballre. Les Anglais, à ce momenl, furent sauvés par l'impéritie même de Wellington. Ce dernier avait adossé son armée à la forêl de Soigne, se coupanl ainsi toute retraite. Nul doute que, si une route libre se fût trouvée derrière elle, l'armée anglaise, ébranlée el déchiquetée, ne s'y fût engouffrée comme un torrent. Retenue sur le champ de balaille, elle y hrava assez longtemps la mort pour y attendre la fortune. Elle repousse la cavalerie épuisée :

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