René Viviani - La Restauration : 1814-1830

54 IIISTOIHE SOCIALISTE en ralliant le corps t1·Erlon. Ney part, arrive devant la position qui lui apparall comme alJandonnéc, s'arrôle, comptant sur le lendemain pour agir. A ce momrnt, l'armée cessa d'~tre concentrée dans la m1in de Napoléon : oblii:é ,10 la disposer pour ainsi dire en éventail, il confie l'aile gauche à Ney, l'aile droite à Grouchy, garde le centre. La journée du Hl l'8 s'ouvrir. Grouchy doit se diriger sur Sombrer, el 'ey sur les Quatre-Bras : ainsi Ja jonction de l'armée prussienne el de l"arm~eang!aise esl impossible. Mais BJUchrr déjoue ce pla11.Averti par la défection de Bourmont, il quille Namur, où l"empereur le croyait, rallie ses troupes, marche vers l'armée anglaise, et l'empereur le trouve devant lui. Il voulait surprendre. Il esl surpris. Son rapide génie va faire surgir de celt.e situation une conclusion inespérée. Blücher s'est t\labli avec \lZ> 000 hommes à Ligoy : il faut que ce plateau entouré de ravins lui ,oil une tombe, el que là périsse l'armée prussienne. Que raire pour cela? L'allaquer tout de suite. Mais il faut aussi, pour achc,er la victoire, que Xey revienne sur la gauche, se raballe, après avoir pris les Quatre•Ilrds, el alors tout est fini. Ordres sur ordres parlent vers Ney qui, dans la pensée de l'empereur, a dQ, la veille déjà, occuper la position. On allcnd des nouvelles de Ney qui reste muet comme il .demcurer.i invisible. Il fout attaquer. Vandamme et Girard se jettent sur Ligny, prennent, perdent, reprennent le village. Ce rut une tuerie formiJahle, Blücher charge lui-mème, tombe de cheval : deux fois, les cuirassiers français passent sur lui sans le reconnaitre. Enfin, il se relève. La nuit vient. Il est battu, mais non cerné. C'e,t que ~ey, qui aurait dQ J\1chever, ne s'est pas montré. Que fai,ail-il donc? L-1 veille du 10, pouvant occuper le, Quatre-Bras, il ne l'avait pas fait. Le lendemain malin, lent à s'ébranler, il perdit du temps. Sur la po,ilion, il n·y avait qu·une brigade, celle du comte d • Saxe-Weimar. Ney, d'un ge,le, eQl acquis cette situation. Il laisse passer le temps, se plaint de manquer d'arlilkrie, attend. Mais Wellington a enfin été prévenu. Ls veille au soir, dans un bal, à Bru<telles, la terrible nouvelle l'a ~urpris en babil de fêle. li part, donne rendrz-vous à tous aux Quatre-Bras. Dans l'après-midi du 16, il y avait une armée, là où la veille. le malin même, ~ peine quelque, comi,agnies se montraient. Ney attaque, est re~ous;é, revient à la charge : cet inutile combat fut meurtrier, el 12 0:>ohommes en de1•aienl de leur mort témoigner. Mais Ney fut rdjeté, n'ayant pu avoir, pour le secourir, le corps de d'Erlon qui, ballotté entre lui el l"empereur, passa la journée, sous des ordres contradictoires, à évoluer entre Je champ de bataille de Ligny et celui des Quatre-Bras. Faule capitale! Si Ney avait agi à lem:,s, l'armlle de Blücher, qui s'échappa, aurait été anéantie, et l'armée anglaise isolée ne risquait pas Waterloo. La roule était libre jusqu'à Bruxelles... La journée du 17 juin fut pour l'armée française une Journée perdue.

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