René Viviani - La Restauration : 1814-1830

56 JIISTOI f\E ,SOCJA LISTE il faul de l'infanterie ü Ney. Mais rien n'exisle aulour de Napol~on que sa garde qu'il faul réserver. Déjà l,t jeune garde a1ail secouru Lobau écrasé, puis lrois bataillons de la vieille garde avaient fail reculer 3ulow. JI était près de sepl heure' clu soir. li faut cependant reprendre le plateau. Dixbataillons de la garde s'avancenl au pas, comme à la manœuvre. La mitraille, sur celle chair mouvante el im• passible, lombail. Mais, meurtrie, sanglante, la garde monlait, monlait tou• Jours. Toul est refoulé sous celle muraille hérissée de fer qui s'avance, les Hollandais, les soldais de Nassau, ceux de Ilrun~wick. Pâle, les hrmes aux yeux, complanl sur la nuit ou sur 31ücher, n'ayant plu.s d'espoir, Wellington, immobile, atlen,I. Les soldats de 1Iaillaud, coucMs, se lèvent, el leur feu roulant brise la marche môlhodique de celle armée. La garde recule. Enfin le soleil se couche. lluit heure, el demie clu soir. Sou.Jaïn, la fu• sillade éclate. C'e,l une troupe nouvelle, c'est Illücher : alors loul cède, tout fuit. Le sentiment quïls sont trahis une fois de plus terrifie les soldats, et le cri cle déroute et de désespoir retentit. En vain, Ney el d·autres hommes indomptables veulent retenir la cohue qui s'évade de la mort. Il n'y a plus ni chef, ni hiérarchie, ni clrnpeau. L'épouvante mène l'armée vers l'issue da champ c1e·balaille. Blücher rencontre Wellinglon, el les soldat,; anglais joints aux soldats prussiens, formé,; en éventail, s'avancent, descendent les hauteurs esèaladée~, balaient, sabrent, mitraillent. Entre les deux grands côtés de ce lriangle formé par les ennemis, et dont le troisième est une foule en fuite, entre ces deux bras sinistre,; comme ceux de la mort qui va les saisir, cependant des hommes demeurent im·11obilt's, debout sur leur tombe volontaire. Ce sont les hommes de la vieille garde. On leur crie de se rendre : un hurlement répond à cet outrage. L~ur carré hérissé 11ecède pas sous l'avalanche humaine. li faut du canon pour l'en lamer. Ce carré devient un triangle, puis s·amincit encore, se fond, ,e dilue ,ous roura~an de tlammes. Alors les homme,; marchent vers la n,ort, frappent et tombent. Napoléon a vu depuis une heure le dé-astre : à ses pieds, sous les yeux, ,a fortune expirait. li ne sortit de sa stupeur que pour aller s'enfermer, l'épée à la main, dans le dernier carré. On l'entraîne, on le sau,e. Quant à la nuit, elle fut sinistre, sous la lune éclatante dont chaque rayon dénonçait les replis de chemin où se carhaient les ,aincus, où mouraient les ble,,és. La cavalerie de Blücher, lâchée, se Yengea sur des hommes désarmés ou expirants, se vengea dix heures durant, par le fer el par le feu, achevant tout, tuant tout, écrarnnl tout de l'insolcnle et invinciule armée qui, tant de fois, avait sillonné l'Europe de sa marche et promené les aigles dans les capilalrs. Et Grouchy? Que faisait Grouchy? Comme après toutes les grandes catastrophes, on chercha à fixer sur une tète la responsabilité tout entière, el le marquis de Grouchy mourut en 181,6 sans avoir pu soulever le poids de

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