René Viviani - La Restauration : 1814-1830

26 IIJS'J'OIHE SOC!A LIS'l'E cette époque de duperies mutuelles et de volontaires équivoques, avait élé 'l'alleyrand. Mais ce n'était pas loul : il fallait remplir la vacance laissée par ce volP el insliluer, sur les ruinrs d'une dynastie, un autre gouvernement. 11fallait prévenir l'opinio~, el pcul-ôtre la conquérir, par une déclaration qui porl&l devant elle Loule la signification de ces changements profonds. En un mot, il fallait comme toujours, dans l'histoire des hommes, proclamer le droit ap1·ès avoir obéi au fait, et fonder sur la force une légalité. Une commission fut chargée de rédiger cet acte important, qui prend dans l'histoire le nom de ()éclaralion du 9 avril. Celte commission était composée de M. de 'l'alleyrand, duc de Dalberg, général Beurnonville, comte de Jaucourt, abbé Montesquiou, membres du gouvernement provisoire, et en plus de M~I. llarbé-11aubois, Destutt de Tracy, Eymery, Lambrechl, Lebrun, duc de Plaisance. Un étranger, le secrétaire d'Etat russe, M. de Nes~elrode, venait compléter étrangement celle commission, et surveiller au milieu d'elle l'exécution de la volonté des alliés. Tout de suite, dès le premier jour, eut lieu la première rencontre entre l'ancien régime ressuscité et l'ordre nouveau créé par la Révolution. L'initiative barclie de l'avocat Bellart, pour la première fois jetant le nom des Bourbons dans le pulilic, la morne indifîérence de la France défaillante sous tant de catastrophes, tout cela avait mis en honneur les prince,. Le :lj avril, la main de Lambrechl traça le nom de François Xavier ... Mais qui allait l'investir? - Le peuple français le doit choisir librement, disait la majorité de la commission. - Un roi, répliquait Montesquiou, le seul royaliste, est investi par Dieu. Qu'est-ce que ces sujets qui se révoltent 7 Où sont vos mandats? - La seule réponse eût été que ces mandats dévolus par '.'lapoléon étaient frappés cle caducité, puisque Napoléon était abattu. La logique virulente de Montesquiou embarrassait les commissaires. C'était le premier conflit entre le droit divin et le fait révolutionnaire. C'était la première annonce des désordres longtemps contenus et qui éclateront peu à peu pendant toute la llestauralion jusqu'au jour où la llestauralion elle-même sombrera dans son impossible tentative ... Mais le temps pressait. Précisément les soldats répandus autour de Paris el dont les regards se tournaient vers Napoléon, captif à Fontainebleau cle sa seule_ inertie, la po,sibilité d'une terrible revanche, toutes ces rumeurs, à dessein grossies par Talley- · rand, permirent de presser la solution. li fallait en Unir. La transaction vint, une J'ois de plus, après l'épuisement de la hautaine logique, adoucir les intransigeances. Montesquiou accepta la formule par laquelle « au nom du peuple français, le lJ•ôneélail librement ofîerl "à Louis XVIII. Etde plus les sénateurs, se taillant clans la constitution une part personnelle, faisaient fixer à un maximum de deux cents s"naleurs la composition du Sénat, se déclaraient maintenus, par l'acte lui-même, et, enfin, obtenant la réalisation de leur rêve, créaient l'hérédité sénatoriale calquée sur celte hérédité

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