René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOCIALISTE 241 Toute sa vie il avait gourmandé la faiblesse fraternelle qui avait, à l'entendre, conduit au désastre la monarchie. Toute sa vie, il avait déclaré que l'acte brutal du fer rléchalné e11t sauvé de la captivité et <le l'échafaud le débile monarque dont il enten~ait bien ne pas suivre le détestable exemple. ll aimait mieux • monter à cheval qu'en charrette. » Il se prépara donc à monter à cheval. On verra que ce ne fut que pour forcer le cerf rlans les bois de Rambouillet pendant qu'à Paris tombait sa couronne. li signa. li signa le testament d'ailleurs inertlcacc de la monarchie. Quatre ordonnances reçurent aussi le sceau des ministres. La première ordonnance visait la presse : elle interdisait à tout journal de paraitre sans autorisation, renouvelée tous les trors mois et révocable. Un écrit qui aurait plus de vingt feuilles ne pouvait parallre qu'avec l'autorisation du ministre de lïntérieur. Conséquence : c'était la presse mise dans la mnin du pouvoir et les livres aussi. La seconde ordonnance dissolvait à nouveau la Chambra. La troisième ordonnance et la quatrième avaient tr,1it au, élections; la Chambre était 'réduite de moitié; les patentés exclus,- la grande propriété foncière seule admise au droit de vote·; la Chambre renouvelable partiellement par cinquième, et dépouillée du droit de proposer un amendement. Le cri de révolte que devait arracher à toute conscience, même oblitérée par le principe royaliste, cet acte de folie, ne fut pous,é, CP.pen~am,que p1r quelques hommes. Une sorte de stupeur pesa d'abord sur les esprits. Ce n'était plus la violence couverte au moins d'une apparence légale. C'était la provocation armée, la guerre civile ouverte. Précisément, en prévision des troubles légers qu'il prévoyait tout de même, M. de Polignac avait massé à Paris quelques effectifs. Près de vingt mille hommes se tenaient prêts et on avait remis aux mains impopulaires de Marmont les pouvoirs rigides de la répression même sanglante. La stupeur pesa longtemps sur les esprits. Que faire? On avait envisagé tous les moyens légaux, articles de journaux, banquets de protestation, réunions, rédaction d'une adresse nouvelle (car on ne croyait pas à la dissolution), tout, sauf que le pouvoir violerait la Charte et hérisserait autour de lui les balonnettes. Que faire? Le peuple lent à s'émouvoir, peu 'louché par des journaux qui agitaient tous les problèmes sauf celui de son indépendance ·définitive, écarté par un cens étroit du champ des partis, le peuple ne savait rien encore quand les privilégiés, à qui le sort de la politique était remis, déjà enfiévrés et indécis, s'agitaient. 011 prit môme pour <le l'indilîérence cette ignorance. La bourgeoisie libérale, étroite et rude, sauf quelques exceptions qui l'honoraient, n'était pas prêle à une résistance violente. Et d'ailleurs, comment l'e11t-elle opposée, sans les faubourgs, sans le peuple, sans l'auxi-

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