210 HISTOIRI~ SUCIAL!Sfl'E )>Df.Thiers, ~lignet, Armand Carrel, dans.le National; Bande, dans le Temps, a·autrcs encore dans le Courrier Francais, meurtrissaient chaque jour de leur plume un régime qui cnlevail l'espérance aux plus confiants et le calme au, plus placides. Penché sur cette opinion bouillonnante, le duc d'Orléans, habile, irréprochable, incapable de compromettre par un mol, mème par un geste, sa situation de prince du sang, observait. Il attendait. li s'ofîrait au roi comme un ami discrcl, à la bourgeoisie comme un soutien sO.r.Qu'il le voulût ou non, il était enveloppé de toutes les espérances d'une bourgeoisie qui se serait accommodée de Charles X libéral, qui ne voulait pas la ruine de la monarchie, qui avait besoin de l'autorité politique pour soutenir son autorité sociale, mais qui ne pouvait pas ofTrir son front el sa conscience aux outrages. Cette bourgeoisie, dont M. Casimir l'éricr était le représentant et Dupin le conseil intéressé, voulait un changement dynastique dans la monarchie et se contentait d'une charte libérale, loyalement observée. Tous ces désirs, à peine voilés, dénoncés même par l'imprudent langage du général Sébastiani, eussent dO. éclairer le gouvernement et lui montrer que c'était la personne de Charles X qui était visé~. Royalistes sincères, ces ministres, par amitié pour le roi, par affection pour le régime, auraient dt\ disparaitre. Même à ce moment, la réconciliation était possible. il surf\sait que Charles X s'inclinàt. en roi et en honnête homme, devant la volonté du pays légal. ?Jais où gouvernaient l'amour-propre, la passion, la rancune, l'ambition, il n'y avait plus place pour la sagesse, et le sort de la monarchie fut joué comme aux dés. par des mains puériles, dont on ne peut pas dire qu'elles étaient affolées, tellement elles étaient inconscientes de l'œuvre pour elles mortelle qu'elles accomplissaient. Le conseil se réunit donc. M. de Peyronnet trouvait peu opportunes les ordonnances préparées, et pour que cet esprit imprévoyant ro.t frappé de cette éventualité, il fallait vraiment que la réalité fO.tbien proche des regards. :Uais M. de Polignac insista: il dépeignit, telle qu'il la connaissait par ses préfets, la situation de la Prance, impatiente de voir son roi triompher et l'autocratie satistaite: la masse paisible el qui ne recherchait qu'un bonheur matériel, repoussant les tentatives ambitieuses d'une minorité brouillonne. Eternelle caricature de l'àmc de la France à toutes les époques! Entrainés, les collègues du prince. de Polignac ne réclamèrent plus que le droit de signer respectueusement après Je roi les ordonnances fameuse;;. Un lourd silence pesa sur le conseil après que chaque ministre eut d'un mot attaché sa re~ponsabililé au document meurtrier des prérogatives légales. Le dauphin, insouciant, incompétent, frivole, appuya d'un signe de sa têLe légèrJ ces mesures graves. Charles X réfléchit, le front dans ses mains. Revit-il, en quelque~ secondes, les journées révolutionnaires, la ruile éperdue de l'émigration, la voie ouverte à la charrette, une couronne abattue, un régime ~ombé? Cela est iollriiment probable. Cett~ vision funèbre l'anim I alors.
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